Le legacy challenge des Pilgrim

Chronique des Pilgrim, une famille de sims engagée -chaotiquement- dans le Legacy Challenge, une histoire de sims 2 pas vraiment comme les autres.

27 sept. 07

1. Je n'ai pas vraiment beaucoup de souvenirs de mon enfance...

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... la toute prime enfance, je veux dire. Je n'arrive pas vraiment à me souvenir de mon père, en chair, en os et en version opaque. J'ai bien sûr lu ses mémoires depuis et Maman nous a raconté le reste, à Karim et moi, mais je ne m'en souviens pas moi-même.

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Maman m'a raconté que j'ai été beaucoup affecté par son décès, pourtant, et que j'étais un gamin tout pensif. Pour elle, c'est pour combler l'absence de mon père que j'ai tant besoin d'amour, mais Maman a toujours eu une nette tendance à sur-interpréter les choses...

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Si vraiment j'y réfléchis, je dirais que je me souviens surtout confusément que Maman était souvent triste quand on était tout petit.

Ma mère était une femme très courageuse et super intelligente. Elle nous a élevés toute seule. Elle avait bien l'aide de Cécile, mais... Bref, ma mère nous a élevés complètement seule.

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Je n'ai vraiment de souvenirs précis qu'à partir du moment où on a été en âge d'aller à l'école. Ah ! Et aussi que Karim a été le premier à faire sa poussée de croissance - forcément. Si vous avez lu les mémoires de mon père, vous savez déjà qu'il a été le premier à parler et tout et tout et tout et tout, quand je suis le benêt dont le premier mot a été "popo". Le cinéma de l'enfant précoce fonctionnait avec la même efficacité avec Maman, même quand il surjouait son rôle dans son pyjama d'histrion rose.

Il va sans dire, mais j'ai quand même sacrément envie d'en parler, que Karim et moi étions engagés dans une sorte de compétition permanente, ou, plus exactement, qu'on l'était déjà.

Fiiiioush ! [bruitage de flash-back]

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" - Salut Elim, tu fais quoi ?
  - J'fais une brioche pour Maman, mais regaaarde paaaas mais !"

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" - C'est pas comme ça qu'y faut faire Elim, attends, j'te montre, faut mettre la farine comme ça et puis le sucre...
  - Mais euh tu m'énerves à faire tout pareil comme moi
  - C'est toi qui fais tout pareil QUE moi, c'est moi que j'ai appris à faire les brioches en premier. Et puis j'dirai à Maman que tu sais même pas bien parler le mot pareil"

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" - Oh non !!!! Ma brioche elle a tout brûlé !!!!
  - C'est parce que t'as pas fait pareil que je t'ai dit, Elim "

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" - Moi, ma brioche à moi elle va être toute belle, et j'irai la donner à Maman ! Preum's !
  - Mais t'as pas le droit, Karim ! C'est de la triche ! C'est mon idée à moi que tu m'as piquée !!!
  - Ah ouais ? Ben t'avais qu'à dire preum's ! "

Wooooosh [bruitage de fin de flash-back, marquant le retour au temps présent, qui est aussi le temps futur par rapport aux évènements narrés qui appartiennent au passé, mais pas si lointain que ça... pfffiou...]

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Il y a notamment eu entre nous la compétition sauvage et sans merci du plus beau tableau de fête des mères. On a tous les deux fait un portrait de Maman sur fond rose (une idée de Karim), mais on a tant et si bien copié l'un sur l'autre que même nous, on n'arrivait plus à les distinguer au final.

Maman, loin d'être agacée, aimait bien nous voir toujours faire la course synchronisée ; elle appelait ça une "saine émulation" dans son jargon qu'on ne comprenait jamais à l'époque.

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Il faut dire qu'on ne s'entendait pas mal, en réalité. On était même plutôt proche. On voulait souvent faire exactement les mêmes choses au même moment et Maman se fascinait pour "l'univers fabuleux de la gémellité". Comme on n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle voulait dire là non plus, on en avait fait tout un monde avec Karim.

Fiiiiiiiiioushhhh ! [re-bruit de flash back]

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" - Et alors on dirait qu'on arrive au sommet de la montagne, et là y aurait une grotte... et dans la grotte y aurait un magicien qui nous dirait qu'on est arrivé au coeur des secrets de la Gémellité, et alors là... ben il dirait que parce qu'on a tué l'ours...
- C'est moi qu'ai tué l'ours ! T'avais pas pensé à dire preum's !
- Bon... ben... donc le magicien, qui serait très vieux et qu'aurait une longue barbe, il dirait que parce que t'as pensé à dire preum's et que t'as tué l'ours, ça ferait qu'on serait tous les deux des héros, et alors là il sortirait la lampe magique d'Aladin..."

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" - Preum's ! J'suis preum's pour frotter la lampe !
  - Mais euh ! tu m'énerves, Karim, avec tes preum's tout le temps, je joue plus !   
  - Woooh le mauvais joueur, t'as qu'à dire preum's aussi !
  - Ben toi, t'as qu'à raconter l'histoire de nos aventures si tu veux à tout prix le premier rôle !!! "

Woooosh !

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L'école, par contre, dès le départ, je n'en ai aimé que la récré... Disons, pour le tourner d'une manière qui aurait été supportable aux oreilles de ma mère, que son cadre un peu trop strict était incompatible avec mon imagination débordante qui s'égarait par mégarde sur des chemins détournés pendant les leçons...

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Karim, lui, s'y est immédiatement plus interessé - forcément. Histoire d'asseoir sa place de chouchou de Maman, il lui demandait tous les soirs de l'aide pour ses devoirs, même quand il avait compris la leçon. Il valait mieux pour lui, en même temps.

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" - Dans un triangle, les angles opposés par le sommet sont égaux. De plus, selon le théorème de Thalès, on peut poser que, lorsque deux droites sont parallèles...
  - M'man ! Arrête !!! Moi j'dois juste en dessiner un, de triangle !!!
  - Qui peut le plus peut le moins, allez, on approfondit !
  - Mais M'man !!! J'suis au CP !!! "

Comme dans les royautés, il n'y avait pas que des avantages, à vouloir jouer les favoris...

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... je me suis toujours bien plus amusé de mon côté !

<< Bon Voyage... Episode 2 : Le bal des revenants >>



2. Le bal des revenants

On devait être au CP depuis 4 ou 5 mois quand, à la récré, des "grands" sont venus nous voir. Ils voulaient savoir si on s'appelait bien Pilgrim et qu'on était bien les enfants de nos parents. Au départ, je me souviens qu'on a eu peur qu'ils veuillent nous piquer notre argent de poche. Au lieu de ça, ils nous ont demandé comment allaient Douce, Docile, Papa et Maman... en les appelant "Papa" et "Maman".

De nos yeux de gamins de 6 ans, c'était juste incompréhensible : Maman nous avait préservés tant qu'elle a pu, on ne savait rien de nos frères et de notre soeur.

Et puis, il faut reconnaître que la perspective était loin d'être réjouissante : le plus âgé des deux "grands" traînait une sale réputation ; à 16 ans, il était toujours au CM2, mais ça ne le préservait pas d'être le souffre-douleur des autres gamins : il était tout petit pour son âge et agravait son statut de paria de la récré en voulant toujours tout désinfecter et en piquant des crises de colère noire si ses couverts étaient mal lavés à la cantine.

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Du haut de nos trois pouces, on a pris notre courage à quatre mains et on a osé défier les imposteurs agaçants de rentrer à la maison avec nous pour les confondre. Ca donnait à peu près ça :

   " Z'êtes pas cap de venir chez nous après l'école ! Z'êtes que deux gros mythos ! Ma mère elle vous connaît pas, z'aurez juste l'air bête et après plus personne voudra vous parler même chez les grands !"

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C'est ainsi que le bus scolaire a déposé à Erehwon un Léopold remonté à bloc...

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... et Léonard, qui souriait gentiment en revoyant la maison.

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Fiiiiiiioushhh ! [toujours le bruit du flash-back qui décolle]

" M'man ! M'man !!!! Y'a deux gros mythos de notre école qui disent que t'es leur maman ! Viens leur dire que c'est pas vrai et que t'es juste notre maman à nous !!! "

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Maman est sortie de la salle de bains livide.

" Cécile : Oh ben z'avez vu Mame Pilgrim, y a vos deux fils qui vous ont ramené vos deux autres fils de l'école, y a même le petit tout bizarre ! C'est drôle ça ! Vous en avez fait pleins, des mômes, finalement quand on les met les uns à côté des autres et qu'on les compte, il tenait la forme le M'sieur Léo..."

" Elim : M'man, dis à Cécile qu'elle ment aussi, que c'est pas vrai ! Ils s'appellent même pas Pilgrim, j'l'ai entendu quand leur maîtresse a fait l'appel, il s'appellent Renaudin !!!"

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Au lieu de lui donner tort, Maman a fondu en larmes en prenant Léopold dans ses bras. Karim et moi, ça nous a laissé tous cois.

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 " C'est horrible Maman l'orphelinat ! Je déteste les autres enfants, ils sont sales et dégoûtants, et la directrice elle est affreuse, et personne veut me parler ! Tout le monde m'appelle le zinzin à l'école, j'suis coincé en CM2 sans explication, j'reste tout petit comme un bébé et j'comprends pas pourquoi !!!! "

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" Vous n'êtes pas dans une famille d'accueil ?!? Au tribunal, ils m'ont assuré que vous aviez trouvé une gentille famille d'accueil et... "

On connaît la chanson, ils disent la même chose à la SPA, toutes les mêmes les administrations...

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"La famille d'accueil, ils ont pas voulu de nous, ils nous ont remis à l'orphelinat tous les deux, ils ont dit qu'on était ingérables, insupportables, indécrottables, insocialisables. J'veux revenir ici, Maman ! J'ai plus peur du fantôme ! J'le préfère encore à la directrice de l'orphelinat, il fait moins peur à voir, et elle, elle a de la moustache qui pique quand elle veut combler l'affection dont on manque, c'est horrible comme sensation"

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Léonard aussi détestait l'orphelinat, et je dois dire qu'il avait surtout l'air de nous envier notre confort, notre belle maison, notre innocence et nos jouets.

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Revenir à Erehwon lui avait fait remonter une bouffée de souvenirs désagréables, lui qui se souvenait si bien de la nuit où l'assistante sociale était venue les chercher sans qu'il ne comprenne rien à ce qui se passait, y compris pourquoi ce pompier de malheur lui avait passé un savon de toute évidence si mémorable qu'il l'avait toujours bien ancré à l'esprit fumant.

Maman, elle, voyait sa situation s'engouffrer dans une impasse.

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Elle a préparé des crêpes suzette pour nous tous, inquiète qu'elle était devant le retard de croissance de ses aînés et se demandant si on les faisait vraiment manger à l'orphelinat. Je l'ai rarement vue si rayonnante que ce jour-là, pourtant.

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Mais l'aperçu de recomposition familiale et de bonheur retrouvé fut de courte durée. L'assistante sociale a débarqué furibonde. De mes yeux d'enfant, c'était une vraie sorcière. De mes yeux tous courts, d'ailleurs.

"  - Vous jouez avec le feu, Dr. Lamy !

   - Ca va, c'était seulement des crêpes suzette...

   - Ne vous inquiétez pas, je vais faire un rapport sur votre violation de l'interdiction de droit de visite et le porter au dossier, s'il vous prenait l'envie ridicule de refaire appel "

Maman a tout juste eu le temps de faire quelques recommandations à Léopold, et l'assistante sociale les a emmenés une nouvelle fois. Après ça, ils ont été transférés dans une autre école pour éviter que cela se reproduise et on ne les a plus jamais revus.

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Maman a été profondément bouleversée par cette visite. Après la mort de mon père, elle avait refait appel de la décision d'injustice qui lui enlevait la garde de mes frères et soeurs et lui interdisait de les voir. Marylène Bertin a témoigné comme elle avait promis, mais n'étant pas franchement dotée d'un pouvoir de conviction en titane, elle avait begayé à la barre sans grand effet. Et sans le savoir, avec l'innocence de nos 6 ans et demi, Karim et moi avions ruiné ses derniers espoirs que la troisième tentative d'appel soit la bonne.

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Avec autant de tact qu'elle a pu, et elle ne pouvait pas grand-chose de ce côté là, Maman nous a raconté l'histoire de notre famille et nous a lu des passages des mémoires de Papa, en version allégée et découennée du verbe paternel qu'elle jugeait trop mal conjugué.

Ca ne nous a pas empêché de beaucoup pleurer, Karim et moi, en apprenant tout ce qui était arrivé à notre famille...

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... d'autant que peu après, j'ai moi aussi croisé le fantôme d'Armaghédon ! Mais à part un petit accident, je n'ai pas eu SI peur que ça.

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Il faut dire que je n'étais pas peu fier à l'époque de pouvoir raconter à Karim que j'étais LE PREMIER, pour une fois, à en avoir vu un, de fantôme.

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On a essayé d'aider Maman encore plus à la maison. On a même tenté d'enrichir la famille en ouvrant un commerce à domicile de limonades, mais on s'est lassé assez vite, d'autant qu'être nos seuls clients mutuels s'est avéré une impasse économique, finalement.

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Comme tous les gosses, parler de ce qu'on ferait quand on serait grand est devenu notre sujet de conversation préféré. Le sens des affaires écarté de lui-même, on a bien eu pour un temps des velléités à devenir de grands justiciers qui réparent l'honneur familial...

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... mais on perdu le fil de nos nobles intentions en cours de route pour le chant des douces sirènes de la célébrité.

Fiiiioush !

Elim : "Moi je ferai juge de la Pop Académie comme Papa !"

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Karim : "T'es pas fou, toi ? Tu t'es jamais fait vanner à la récré parce que t'es le fils de Pépé le Largué ou quoi ?"

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Karim : "Faut voir grand, frangin ! Le cinéma ! Regarde tout ce que gagnent Douce et Docile en passant à la télé !"

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Il n'avait pas tout à fait tort. On voyait tout le temps passer Douce et Docile à la télé. Surtout Docile, qui était une star qu'on venait chercher en limousine, ce qui nous épatait complètement, nous qui roulions en Smoogo.

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Trublion aussi, d'ailleurs, était rentré dans la télé. C'est le fils de Docile et Cléo, là, avec le pelage bovin.

Karim : " Regarde ! C'est encore Docile à la télé dans la pub Canichou !"

Docile : grrrrrrrrrrrrrrr

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Le show biz, ça survoltait Karim, qui dépassait déjà souvent le 220V réglementaire comme ça : il se voyait déjà en haut de l'affiche, en dix fois plus gros que n'importe qui son nom s'étalant, auréolé de la gloire de toutes les distinctions de la profession.

Elim : "J'suis pas sûr, Karim. Moi, quand j'ai dit à Rémy Lendro que mon chien c'était celui de la pub Canichou, il s'est moqué de moi avec ça pendant des mois et il a même essayé de me faire frétiller pareil que dans la pub avec la langue qui pend pour m'humilier à la récré devant Chloé".

Docile : Mmmmmouh....

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Mon Docile, c'était vraiment un chien exceptionnel. Autant Karim ne voyait que les strass, les paillettes et, bien au centre de l'image, la grosse limo qui entouraient nos chiens, autant moi j'adorais passer des heures avec eux, et ils me considèraient tous comme leur maître.

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Depuis que Docile avait eu un rôle génial dans un film policier, je ne me lassais plus de lui demander de jouer et rejouer encore la scène où il mourait sous le coup d'une balle perdue d'un Ultra Sim qui prenait alors conscience qu'il avait perdu ses ultra-yeux et transmettait le flambeau au chef de la police - un super fim en plus.

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Maman aussi adorait revoir la scène en live, et Docile le bien nommé ne se lassait jamais de lui faire ce plaisir.

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Hélas, trois fois, cinq-cent fois, mille fois hélas, on a fini par échauffer les oreilles de la Muerte à force de nous extasier sur la façon inimitable qu'avait Docile de mourir.

" Vous tenez vraiment à le voir passer l'arme à gauche avec tous les effets spéciaux d'origine, ce clébard ? On vous entend jusqu'au 4° cercle infernal ! On peut faire un voyage de groupe, si vous tenez tant que ça à jouer à la croisière s'amuse sur le Styx mouaaahaaahaaa !"

NDLA : Le désir d'Irène était bien "ordonner à Docile de faire le mort", et non "voir mourir Docile" ou "faire coucou à la Faucheuse"

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" Donc... Docile, race indéterminée... ah, autant pour moi, Pilgrimhound, race inscrite à titre expérimental dans le registre animal... mouais... à cause du petit garçon et de la vieille dame dont c'est le bientôt le tour, voici donc ton heure venue pour... Vous pouvez pas faire taire la vache charolaise, là, on s'entend plus parler d'une voix lugubre ? Bon allez, j'en ai marre, va chercher le bâton et voilà !"
" Docile : moooouuh...."

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Maman et moi, on n'en a pas mené bien large. Mais Karim s'est joint à nous quand on s'est retrouvé tous les trois face au fantôme de Papa qui s'est déplié de son urne pour la première fois pour venir faire ses adieux à Docile. C'est bizarre à dire, mais j'ai vraiment mieux connu mon père mort que vivant.

<< Episode 1 : Je n'ai pas vraiment beaucoup de souvenirs de mon enfance... Episode 3 : Les joies du privé>>

30 sept. 07

3. Les joies du privé

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Plus les années ont passé dans le primaire, plus l'école et les devoirs nous sont passés au-dessus de la tête à tous les deux. Oui, même par dessus la tignasse de Karim. De plus en plus, il s'intéressait aux distractions et aux jeux plutôt qu'à l'approfondissement du dessin de triangle par le théorème de bidule, au grand désespoir de Maman.

Comme nos bulletins n'étaient pas remplis de déclarations d'amour de nos maîtresses, Maman a décidé pour notre entrée en 6° de déployer les grands moyens...

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Lui, c'est Boris Barrault, directeur de l'école privée locale. Maman le connaissait déjà, elle l'avait suivi comme patient à l'hôpital du temps où elle exerçait encore.

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Maman est même allée s'en excuser sur la tombe de Papa, lui qui avait toujours refusé de s'abaisser à faire des salamaleks avec ce type à côté de qui la vieille Ladentelle aurait eu l'air d'une nana sympathique avec qui on a envie de faire la tournée des grands ducs.

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Fiiiiiiioush !

" Alors Mme Pilgrim, il paraît qu'on est toujours très mal reçu chez vous, j'attends de voir ça"

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"Je préfère vous prévenir par avance que je ne compte pas m'attarder, je n'ai accepté votre invitation que par chariiiité chrétienne parce que je n'avais pas encore fait ma B.A. de la semaine pour m'assurer ma place au paradis...

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"... mais avec les casseroles que traîne votre famille, ne vous attendez pas à ce que j'accepte vos garnements dans mon établissement priiiiivé de renom"

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" - Bon, Boris, espèce de vieil hypocrite, on est au fin fond du désert dans une espèce de colonie d'hurluberlus, alors tu seras gentil d'arrêter de faire comme si c'était un entretien d'admission à Harvard...

  - Mais !!!! De quel ... J'en ...

  - ... alors tu vas gentiment faire tes trois petits tours et puis s'en vont dans la maison, manger sagement ton petit saumon et boire ton petit café pour caler tout ça. Ta B.A. de la semaine que tu pourras raconter à Saint-Pierre si ça te chante, ça sera d'accepter mes deux fils dans ton école. Et moi, en guise de cirage de pompes, on dira que j'aurai la gentillesse de ne pas rompre le secret médical avec ta femme si d'aventure je la croise au marché, sinon on reparlera de qui traîne des casseroles ici. Compris ?"

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" Tu vois que quand tu veux, tu peux. C'est pas non plus la peine d'en faire des tonnes, tu sais, personne te regarde"

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" - Maman, c'est qui le Monsieur ?
  - C'est le directeur de ta nouvelle école, mon chéri. Il mange un petit saumon pour la forme, mais il va vous accepter parce que Maman le fait chanter en le menaçant de montrer le dossier médical de ses maladies vénériennes à sa femme.
  - Ca veut dire quoi, Maman, 'vénérienne' ?
  - Tu comprendras quand tu seras grand et ça te fera bien rigoler de te souvenir de cette soirée, mon chéri."

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" - Je vais donc... euh... m'éclipser. Et il va de soi qu'Elim et Karim sont les bienvenus pour l'ensemble de leur scolarité. Je n'ajoute pas que je n'ai jamais cru aux ragots qui courent sur votre famille, non ?
   - Ca ne sera pas la peine, non. Allez, bien le bonjour chez toi, Boris"

Woooooshh !

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Malheureusement pour nous, rentrer en école privée n'était pas uniquement la promesse de blagues dont rire aujourd'hui : il a fallu nous attaquer à la pile de devoirs à rendre dans notre nouvelle école.

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Maman avait décidé que la fête était finie et qu'elle se montrerait aussi intraitable avec nous qu'avec Boris Barrault et son dossier médical.

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C'est Karim le premier -forcément- qui a ramené un 20/20 à la maison. Ca a fait tellement plaisir à Maman qu'elle voulait que ça passe au JT !

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J'ai suivi quelques semaines mois plus tard, moins par goût des devoirs accomplis que pour faire plaisir à Maman et, surtout, gagner plus de liberté, comme Karim.

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Il faut dire que si l'école ne m'avait jamais vraiment interessé, c'était d'autant plus le cas depuis que je savais avec certitude absolue et inamovible ce que je voulais faire de ma vie.

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Fiiioush !

" Et ben moi Karim, quand je serai grand, je serai un champion, une légende du stade, j'aurai un grand corps tout musclé et les filles me jetteront leur tee-shirt en hurlant quand j'entrerai dans le stade, comme celles de la télé quand les Llamas sortent des vestiaires".

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Je ne pensais plus qu'à m'entraîner à devenir grand, beau, fort et musclé, même si je me suis ramassé pas mal de gamelles au départ avant d'atteindre le résultat d'aujourd'hui -- vous verrez bien, public impatient d'impatientes !

Maman, elle, disait qu'elle attendait, je cite : "que cette toute première poussée hormonale soit passée, en attendant le deuxième rush qui pourra qu'être vraiment pire".

<< Episode 2 : Le bal des revenants Episode 4 : Les délices de la puberté >>

02 oct. 07

4. Les délices de la puberté

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A notre entrée en cinquième, on a cru avoir une bonne surprise quand Maman a fait construire une cabane à côté de la maison. Karim et moi, on y voyait mille usages et autant de possibilités : monter un groupe de rock, avoir un home-cinema, organiser notre première boum avec une boule disco au plafond et des spots qu'on peut éteindre discrètement pour les slows...

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Mais en guise de surprise, on a trouvé Cécile qui ronflait à fissurer les murs : elle était désormais notre "gouvernante".... Ca voulait dire qu'on l'avait à résidence 24 heures sur 24 ! En prime, elle avait totalement ruiné le potentiel de la cabane avec la déco de vieille fille contente de l'être qu'elle s'était choisie.

On a râlé tout ce qu'on a pu, Karim et moi, mais Maman tenait à ce qu'il y ait un adulte chez nous, adulte administratif du moins, au cas où il lui arrive quelque chose avant nos 14 ans, l'âge auquel on a légalement le droit d'être émancipé. Sinon, c'est direction l'orphelinat et la petitesse éternelle...

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Ma pauvre mère, elle a dû beaucoup prendre sur elle pour convaincre Cécile de venir nous taper sur le système à temps complet...

"Béh qu'est-ce qui vous prend, Mame Pilgrim, je l'ai pris votre bifton, c'est pas la peine de me remercier de vous avoir délestée d'un surpoids de votre larfeuille, on va pas se mettre à se toucher non plus !"

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Maman s'en faisait pour rien du tout, par dessus le marché : elle était toujours en pleine forme pour nos 14 ans.

Boosté par mon entraînement sportif intensif, je suis le premier à avoir fait ma poussée de croissance pendant que Karim en était encore à regarder des dessins animés à la télé.

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C'est pendant mon adolescence que je suis devenu le portrait vivant de mon père : la même mâchoire carrée de la réussite, le même nez qui fait comme un signe extérieur de virilité, les mêmes yeux de braise envoûtants. J'en suis pas peu fier.

" Eh frangin ! C'est cool Youpi TV ? T'as oublié de dire preum's ?"

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Karim était dégoûté d'en être réduit à attendre passivement de se voir grandir à son tour. Ca l'a finalement pris par surprise dans la salle de bains.

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Mon frère s'est aimé dès qu'il s'est vu, il s'est trouvé un look de star en devenir et de tombeur à venir.

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" Alors frangin ! Tu comptes faire craquer qui avec ton bermuda maintenant que j'suis fin prêt à me lancer dans la course ?"

Comme si le marcel avait été plus digne que le bermuda...

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Dès le lendemain matin de ce fameux anniversaire qui nous rendait émancipables, Maman a voulu avoir une conversation trèèès sérieuse sur nos projets et rêves d'avenir.

Karim a pris un ton qui se voulait d'une grandiloquence sans appel, même s'il a complètement planté son effet:

" - J'ai peut-être pas connu la guerre des zarbmondes ni vécu dans rien comme un rat sans maison...
  - Karim ! Un peu de respect pour ton père !
  - Ben justement ! j'ai quand même pas mal morflé de pas l'avoir connu, alors j'trouve que j'ai le droit à un peu de plaisir aussi maintenant...
  - D'accord mon fils... Mais qu'est-ce que tu veux faire de ta vie, vraiment ? Prendre la succession de Joël Robuchon à Bon appétit bien sûr ? Concevoir les Sims 3 et mettre des meubles et des papiers-peints sympas en tête de la todo-list ?
  - Non, M'man, j'ai trop pas d'idée de métiers. P'têt star, sinon je vois pas trop c'que j'pourrais faire qui soit calibré à ma m'sure. Nan, moi, c'que j'veux, c'est avoir cinquante PREMIERS rendez-vous. Cinquante fois pouvoir me dire que c'est la première fois qu'on se rencontre pour la première fois. Cinquante fois pouvoir vivre ce sentiment de première fois, cinquante PREMIERES fois..."

Maman ne l'a pas laissé continuer son monologue et ses variations autour de la primauté et l'a envoyé réfléchir à une carrière (il est allé récurer le plan de travail en boudant), elle voulait savoir ce qu'il en était de mon côté. Quand je lui ai dit que je me sentais amoureux de l'amour, ça n'a malheureusement pas eu l'air de lui faire très plaisir non plus. Il faut dire que je n'avais pas encore tout à fait trouvé cette formule et que je lui ai un peu moins bien présenté les choses sur le coup.

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" - Ne me dis pas, mon chéri, aie pitié de mon vieux coeur de mère, que tu as des idées aussi crétines que de vouloir entretenir 20 maîtresses en même temps quand tu seras plus grand...
  - Non...
  - Mon dieu, tu n'en es qu'à penser à faire crac-crac avec des pauvres filles naïves et ne jamais les rappeler, c'est ça ? Ne me dis pas que c'est ça, mon garçon, car je te jure que je t'offre un aller simple pour loin d'ici avec Cécile si c'est le cas !
  - Mais non, mais Maman, pourquoi tu te mets dans cet état ? Moi je suis tout romantique d'abord et je veux simplement réaliser mon rêve de gosse comme je l'ai toujours dit, enfin récemment. Je serai un grand footballeur et les groupies se battront pour avoir mon maillot plein de ma sueur mais rassure-toi, Maman, je garderai quand même une bonne syntaxe comme tu nous as apprise.
- C'est "appris"... Tu vois, ça commence déjà à vaciller dès l'instant où tu choisis de ne plus donner la priorité d'irrigation sanguine à ton cerveau mais... Il faut espérer que ça te passera mon garçon, c'est l'âge. Et puis ton père t'a manqué pour jouer avec toi au ballond rond, je ne vois pas d'autre raison de s'y intéresser, tu compenses. Une ou deux années à la fac, et tu verras le monde sous un nouveau jour. Tu fonderas gentiment une famille, ou avec vraiment un peu de chance, tu te souviendras de ta bonne vieille mère et tu t'intéresseras à tes études."

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A l'époque, on ne s'est pas vraiment rendu compte que Maman avait été si attristée par nos choix d'orientation qui n'impliquaient pas l'école en tête de liste, ni d'ailleurs à une quelconque position sur la liste en question. Il faut dire qu'on était tout occupé à d'autres apprentissages. Karim ne pensait qu'à décrocher le premier son premier premier rendez-vous, quand je rêvais déjà à être le premier à recevoir mon premier baiser. Mais comme mon frère s'en est vite rendu compte, il ne suffisait plus de dire "preum's" pour que les choses arrivent, et c'était tant mieux car c'était vraiment agaçant cette manie qu'il avait eu...

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Mon premier amour innocent, au début du moins, s'appelait Lisa. C'était une correspondante étrangère qui venait de Bavière et adorait rentrer avec moi après les cours pour jouer avec mes chiens.

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"Tu sais Lisa, tu devrais mettre du maquillage et changer de coiffure pour être jolie."

Je n'étais pas encore vraiment un séducteur hors pair, mais comme je ne parlais pas allemand et qu'elle ne me comprenait que très approximativement seulement, ça ne nous a pas empêché de nous rapprocher sur le canapé.

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Et le langage universel de la danse parlait pour moi, surtout grâce à notre entraînement intensif qui avait porté ses fruits. J'avais déjà une de ces classes !

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Une belle après-midi de printemps, elle a fini par se laisser tomber dans mes bras en glissant malencontreusement sur le sable...

03b

... et une fois débarassé de Maman qui faisait semblant de jouer aux fléchettes pour mieux nous surveiller "discrètement", mais s'est lassée la première de jouer au chaperon...

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... je suis définitivement tombé amoureux des charmes de la romance quand nous avons échangé notre premier bisou maladroit.

Fiiiiiioushhhhh !

04

" - Yo Karim ! T'as vu comment elle est bonne et blonde, ma copine ? T'en es où, toi, avec ton premier premier rencart ? T'avances à reculon ?
  - Lâche-moi Elim, c'est juste une question de temps et...."

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" Ach Elim, ne chois nicht chi férroche mit dein Bruder, fünfzig rrrendez-vous ne che font nicht en zwei Tage".

Elle avait un accent à couper au couteau et je ne comprenais rien à ce qu'elle racontait, mais ça faisait tout son charme bavarois avec ses tresses assorties.

Maman, pendant ce temps-là, préfèrait toujours faire semblant de ne rien entendre. Quant à moi, je me délectais de la lecture du journal de Karim qui croyait avoir trouvé une bonne planque dans la cage à oiseau sans oiseau...

Extrait du journal de Karim

Si Elim s'imagine que je lui envie de sortir avec sa teutonne débile dont y a qu'un mot sur deux dans une vraie langue... En plus, draguer une meuf qu'est dans le même collège, c'est nul, après, elle te saoûle pour t'asseoir avec elle à la cantine et tout... D'façon, les meufs de l'école publique elles sont trop mieux galbées, j'suis deg que Maman nous ait collés dans ce bahut privé tout pourri. J'suis obligé d'aller en ville pour faire des rencontres à peu près potables.

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Ouah, qu'est-ce que j'entends mine de rien en faisant style j'suis serviable et j'fais des hot-dogs pour tout le monde ? Léïla et Bénédicte la méga bonnasse inaccessible sont célibataires et rêvent de mettre fin à cette situation ? Pas de problème les filles, j'arrive vous venir en aide !

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Toujours aborder la meilleure copine plutôt que la fille que tu vises vraiment, comme ça Béné la méga bonnasse inaccessible sera piquée au vif et l'affaire sera dans le sac, y aura plus qu'à se baisser pour attrapper la poignée. Et puis j'pourrai inviter Léïla en rencart aussi. C'est du 2 en 1, Karim Pilgrim. Je masterise le multi-tasking de la drague.

" Salut, moi c'est Karim Pilgrim, beau gosse pour te servir. J'ai deux potes avec qui traîner, ma mère et mon frère, ça te dirait d'être ma troisième meilleure amie qu'est pas de ma famille, pour plus et affinités ?"

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"A la météo, ils ont dit qu'il allait pleuvoir c't aprem. On pourrait s'faire un ciné ?"

"Ignore-le Léïla, il finira bien par se casser, le boulet"

Allez, on se démonte pas...

02

"T'es une autre copine de Béné ? Salut, moi c'est Karim Pilgrim. J'ai hérité de trop de thunes de mon père qui est mort et que j'en souffre, ça te dirait de te faire une sortie avec moi et je t'offre tout ?"

"Ignore-le, Irène, c'est juste un boulax. Il a fait pareil avec Léïla avant qu'elle parte aux chiottes".

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"Et sinon, j'me disais..."

"Vas-y mais t'es lourd toi ! J'te trouve trop moche en plus avec ton style mi-Tarzan mi-The Cure !"

05

Bénédicte pense (bon, ça vole pas haut non plus) : Trop boulax le gars, en plus c'est trooooop un thon !!!

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"Mélanie c'est ça ? J'peux m'asseoir ? Moi c'est Karim ! J'ai hérité de trop de thune de mon père qu'est mort et que j'en souffre, ça te dirait de sortir avec moi et je t'offre tout ?"

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"Laisse tomber, mon gars, j't'ai trop grillé, t'as dit exactement la même chose à Irène. T'es trop crâmé auprès de tout le monde"

"Pfffff....."

Et en plus faut qu'y ait Héloïse Pichon, la collègue de ma mère, sa remplaçante par intérim, qui a tout entendu et va lui raconter comment j'me suis fait mettre la misère ! J'déteste ce trou...

Allez, je ne me démonte pas, je ne me démonte pas.... Oh p*$@#ù% !!! Trop bonne la rousse !!! Oh  p*$@#ù% bis !!! C'est l'Ultra-Sim du district de New Frontier !!!!

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"Tu vois Irène, tu m'as p'têt mis un vent, mais tu vois l'Ultra-Sim, ben moi, dans quelques années, non seulement j'me la taperai mais j'me marierai même avec, quand toi t'en seras toujours à prendre le bus pour aller au lycée ! En plus, j'serais jamais sorti avec toi de toute façon, tu t'appelles trop comme ma mère, ça m'aurait dégoûté !"

C'était un peu violent, mais elle m'avait énervé. Et puis comme dit Maman : "Elim ressemble à ton père physiquement, mais toi, tu as indéniablement hérité de son caractère de cochon". C'est pas ma faute, c'est génétique.

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05 oct. 07

5. Elim the tombeur !

Elim ze tombeur est devenu mon surnom au lycée. Du moins, c'est comme ça que j'aurais tant aimé que les autres m'appellent qu'au final, dans mes souvenirs, c'est tout comme si ça l'était devenu.

05

Pendant que Karim accumulait les déconvenues, ma gentille petite histoire avec Lisa la bavaroise avait évolué -- au même rythme que mon hypothalamus et la hausse de mon taux de testostérone, toujours dixit Maman, bien entendu.

Avec elle, j'ai découvert les plaisirs indicibles des baisers langoureux à vous empêcher de respirer.

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Malheureusement pour notre avenir radieux à deux, j'ai fini par me lasser de l'entendre dire en permanence : "Ach, Elim, du bist le plouch beau der Männer chai rencontré ichi, ich liebe dich tellement". Je ne parlais toujours pas allemand, et elle ne faisait toujours pas de progrès dans notre langue : ce qu'on pouvait partager en la matière restait, par la force des choses, limité au chatouillage de glotte.

Et puis... si je dois tout confesser, je suis un peu comme ça : je m'enflamme très vite tout feu tout flamme, mais l'incendie s'éteint vite pour reprendre de plus belle un peu plus loin. L'engagement à l'amour toujours et les promesses de fidélité qui vont avec, ça ne me tente pas trop, même si ce n'est pas évident à faire comprendre à la plupart des filles. Comment dire ça en féminin ? C'est comme la vitrine d'un pâtissier: on ne peut pas se résoudre à ne prendre que les éclairs au chocolat, quand il y a aussi les religieuses au café, les profiterolles et les tartelettes au citron qui vous font de l'oeil... Ou bien, ça serait comme n'acheter qu'une seule paire de chaussures pendant les soldes : c'est juste une torture inhumaine.

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En suivant avidement les déboires de mon frère dans son journal, j'avais à vrai dire un tout nouveau défi en tête. Il faut dire qu'avec mon frère, les enjeux de notre compétition avaient mué en même temps que nous.

Fiiiiiioushhh !

" - Alors Karim, ça y est, t'es prêt à devenir jardinier ? T'as combien de râteaux ? Mouarf !
  - Franchement, la ferme Elim ! Moi au moins, j'peins pas des trucs débiles comme un gamin de 3 ans en bermuda !"

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En toute honnêteté, je ne sais pas ce qu'il avait contre mes peintures. Aujourd'hui encore, j'adore celle-là. Je l'avais appelée "Le chat attrappe la souris", en référence habile & subtile à moi et aux filles.

Mais revenons au grand challenge de mon adolescence: Bénédicte Royer, la jolie blonde au sujet de laquelle tous les garçons du public et du privé fantasmaient en secret, mon frère compris, et moi tout comme eux. Mais à l'instar de Karim, j'avais encore quelques ajustements à faire sur les compliments et autres enrobages de séduction dont les filles ont besoin comme du chocolat...

Fiiiiiiouuuushhhhh !

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"T'sais Béné, les autres gars ils disent p'têt que t'as des oeufs sur le plat, moi j'trouve que ta robe hypra courte elle met drôlement bien tes avantages naturels en valeur"

[Béné prend un air très peiné]

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"- Chanmé comment t'es trop un galérien comme ton frère, toi ! Vous me faites trop planer les jumeaux comment c'est dur pour vous les travaux d'approche ! Sérieux, j'suis censée être flattée, là ?
- Ben... un peu quand même... y'a de l'intention derrière, quoi"

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" - Vas-y, c'est tous aux abris nucléaires tes techniques de drague....
  - Euh... ben..."

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" - Pourtant Lisa elle dit que je suis un magicien du chatouillage de glotte...
  - Lisa, c'est l'Allemande, là ? C'est trop pas une référence à mettre sur son CV si tu veux qu'on te rappelle!"

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" - Si tu me donnes le temps et qu'on apprend à mieux se connaître, je t'assure que tu seras surpris...
  - J'suis MDR là. Enfin, au moins, t'es moins lourd que ton frère, t'es marrant à regarder ramer !
  - Ah ! Ben tu sais ce qu'on dit des femmes qu'on fait rire...
  - J'sais aussi c'qu'on dit des blondes, mais ch'uis pas du genre à croire tout ce qu'on dit"

Bénédicte, en dépit des apparences, notamment la sienne, n'était pas fille facile. Ou, du moins, il fallait perséverer un peu.

Trois semaines après, j'avais emprunté une idée à mon père...

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" - Béné, j't'ai écrit un poème. Ca fait :
            Ma belle et tendre, ma douce, ma muse Bénédicte
            Mes paroles, c'est ta beauté subliminale qui les dicte
            Car mon coeur le crie, quand je pense à tes cheveux blonds
            L'avenir est pour nous de celui dont on fait les chansons
  - Pêtée de rire !!! Comment c'est méga naze !!!"

Encore trois semaines plus tard...

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"Sérieux, t'es lourd comme ton frère en fait à insister tout le temps, en plus j'en ai trop marre des pseudo rencarts à balle deux le soir au fond de ton jardin pour pas que ta mère elle nous voie !"

Wooosh !

Il aura donc fallu du temps et de la persévérance pour obtenir sa pitié la séduire... Ma grande consolation du moment, c'était que Karim rencontrait au moins autant de difficultés persistantes à obtenir ses premiers premiers rendez-vous.

Le journal de Karim

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J'en ai trop marre des meufs. J'y comprends que dalle. Sophie Miguel, je sais même pas ce qui m'a pris de l'inviter : y a rien qui l'intéresse de tout ce que je peux lui raconter d'intéressant, elle trouve tout naze.

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Elle me saoûlait tellement que j'l'ai plantée avec Cécile pour une pancake-moisi-party. Ca lui fera les pieds et ptêt même une gastro au bide, bien fait.

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J'préfère aller en ville. Je hais ce trou à rat, y'a pas moyen d'en sortir sauf le week-end. On est loin de tout, c'est naze et tout mon argent de poche passe en taxi, tout ça parce que Maman veut pas qu'on passe le permis tant qu'on n'est pas devenus "plus responsables".

Allez, cool attitude, man ! Direction Connectisims, paraît qu'ils organisent du speed-dating, des fois.

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" - Saluuut, j'adoooore trop ton style de rebelle contre la dictature des mannequins et du maquillage...
  - .... "

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" - ...
  - Ok ! Reste à te faire ta conversation silencieuse toute seule !"

Pffff.... le style intello, en plus, j'aime même pas ça. Mais... j'rêve ou la blonde au bérêt elle m'a maté en passant ?

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"Saluuuuut, un d'ces week-ends, j'pourrais piquer la caisse de ma mère et on pourrait se faire une petite virée romantique qui fait tanguer la voiture, tu vois c'que j'veux dire subtilement ?"

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" Bien sûr, tu me passeras un coup de fil au commissariat, et je me ferai un plaisir de te ramener à ta mère avec une belle amende si tu t'avises de rouler sans permis, compris ?"

Super, une flic. Elle me matait pas, elle repèrait le potentiel mineur en fugue. Trop deg comment son staïle under cover de bombe m'a eu comme un bleu.

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" Saluuuut, t'es au lycée public, j't'ai jamais vue par ici ?"

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" Non, j'suis chargée de recherche. Et vénale et matérialiste, d'après les mémoires de ton cher papa, à qui tu pourras dire que j'ai pas lu la suite de son torchon après le passage sur moi, mais que je suis bien contente qu'il m'ait jamais rappelée et qu'effectivement j'aurais fui en voyant son cabanon"

De mieux en mieux, une cinglée qui croit qu'elle a eu un rencart avec mon père mort de vieillesse y'a 13 ans. Je kiffe le speed-dating !

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"Saluuuuuut, si tu sors avec moi, j'te montrerai ma collection de fantômes chez moi !"

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"Dites-moi, Magalie, les mineurs, je ne les détourne pas si j'accepte qu'ils m'offrent un café quand je n'ai malencontreusement pas la monnaie sur moi ?"

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Mais j'en ai maaaaaarreeeeeuh !!! J'me suis fait carrotte de 20§ en plus !

<< Episode 4 : Les délices de la puberté Episode 6 : Oprhelins... >>

6. Orphelins...

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Maman attendait, comme elle disait : "que toute cette phase passe, que ces expériences navrantes et cette jeunesse se fassent". Et de toute évidence, "tout ça" n'avait pas trouvé rythme assez rapide à son goût. A notre corps défendant, ce n'était pourtant pas faute de nous acharner à essayer d'expérimenter à tous les râteliers, Karim et moi.

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Elle s'occupait tant qu'elle pouvait en attendant, parfaisant l'éducation des chiens que je négligeais un peu depuis que, toujours d'après elle, j'étais "une bombe à hormones mââââles prête à exploser". Ma perception du sarcasme était, heureusement pour ma virilité naissance sensible aux remises en cause, assez limitée à ce moment-là.

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Elle ne s'ennuyait pas pour autant, par ailleurs. Mise au placard pour mise au placard à l'hôpital, elle faisait pleins de tests amusants sur Cécile en lui faisant ingurgiter des mélanges bizarres. Ca lui permettait même de caresser du doigt son rêve de devenir ultimement génie du crime. Cécile, c'était le cobaye parfait du crime parfait, si d'aventure survenait un petit ratage scientifique : personne ne risquait de se soucier de son éventuelle disparition.

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Elle continuait aussi à veiller au grain de notre intelligence qui ne demandait qu'à éclore...

Fiiiiiioush !


" Tu vois Elim, si vous n'aviez pas rechigné à me laisser vous expliquer le théorème de Thalès quand vous étiez petits, on en serait aujourd'hui aux équations à nombre complexe et vous seriez premiers ex aequo de votre classe. Au lieu de ça, tu traînes en queue de peloton parce que tu n'as toujours pas voulu intégrer que si ABC est un triangle rectangle en B, alors..."

Woooosh !

Maman n'a jamais su comprendre que ce n'était vraiment pas faute de vouloir, mais de pouvoir. J'étais bien plus littéraire dans l'âme... Le seul mot auquel je n'étais pas allergique dans les maths, c'était "courbe", et même lui était désérotisé par toutes ces histoires de vecteurs qui ne menaient nulle part.

Pourtant, pourtant, j'aurais tant aimé que Maman continue bien plus longtemps à tenter de me faire rentrer au chausse-pied ses équations de second degré dans le crâne.

Fiiiouuuushhhh !

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"M'man ! M'maaaaaan ! Y a la... la... la Muerte dans le saloooon !!!!!"

"C'est rien les enfants, vaquez à vos petites affaires : c'est Cécile qui s'électrocute en réparant l'ordinateur"

"Mais M'maaaan ! Y a personne devant l'ordinateur !!!"

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" Alors ça, tu peux courir, vieille décharnée désincarnée du thorax ! Il est HORS DE QUESTION que je m'en aille, surtout alors que l'autre Cécile fait de la résistance !

Primo, je ne vais certainement pas laisser mes garçons tous seuls avant qu'ils aient fini leur phase d'adaptation à la testostérone qui leur court-circuite le cervelet pour l'instant, parce que là ça serait comme les abandonner au bord de l'autoroute.

Secundo, je n'ai toujours pas renoncé à récupérer la garde de mes aînés, et ce n'est certainement pas toi ni personne d'ailleurs qui va m'en empêcher !

Tertio, tu vas me faire le plaisir d'arrêter de secouer ce sablier comme une maniaque tant que je n'ai pas appris à cuisiner un homard thermidor, vu que c'est la seule malheureuse toute petite chose qu'il me reste à faire pour maîtriser tous les savoirs.

Quadro, et par conséquent, tu reviendras quand il sera question que mon épitaphe soit surmontée d'une jolie gravure dorée de savante accomplie, et encore, tu pourras prendre ton temps en chemin.

Quinto... j'ai ma technique de thoracotomie à reprendre juste après avoir fini de lire TOUT le contenu de la bibliothèque, d'ailleurs ton cas me serait très utile pour le papier que je compte publier pour clouer définitivement le bec à ce petit crétin d'externe qui m'a pourri la vie autant que sa mère.

snapshot_7385ef85_d38ba503Sexio........ j'ai ENORMEMENT de recommandations à faire à mes deux garçons, et il se trouve justement que j'ai organisé une sorte de casting sauvage en ville sur le temps libre que j'avais, pour me renseigner sur les curricula vitae de brus potentielles en jouant les vieilles dames sympathiques et inoffensives, et je n'ai pas eu le temps de finir mes comparatifs sous tableur.

Septo................... les garçons ne savent pas que le testament de leur père se trouve caché dans le tome 7 du manuel de mécanique des fluides, et je doute qu'ils l'ouvrent d'eux-mêmes d'ici aux 18 ans où on avait prévu de leur remettre, Léo et moi. Quant aux conclusions les plus intéressantes de mes travaux personnels à moi, elles sont planquées derrière le double fond du 3° tiroir du bureau, avec la bague de fiançaille que Léo m'avait offerte au restaurant botanique et que..."

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"Bon, hé, ça suffit maintenant le moulin à paroles, j'veux bien me montrer magnanime et laisser 5 minutes pour dire adieu à la famille, mais on a tous nos contraintes, et moi j'ai un timing à respecter, surtout qu'après toi j'ai un vieux millionnaire dont les héritiers m'attendent les yeux remplis de larme de gratitude, eux, alors ça va bien de prendre tes aises pour t'étaler en ch'ais pas combien de points tu veux nous faire ! Du temps, t'en as plus ma cocotte. Les gamins, ils ont compris où étaient planqués vos petits secrets sans intérêt, ça te fera d'jà un de tes sept désirs frustrés qui le restera pas ! Mouaaaahaaaahaaaa ! La danse des vahinées, tu peux te brosser, tu t'en es privée toute seule avec la liste interminable de tes regrets ! Y'a ton mari qui t'attend avec la sienne !"

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"T'inquiète pas, Douce, je sais que t'en as marre de jouer à attrappe-bon-chien-fantôme, moi aussi d'ailleurs ça me gave, mais dès qu'Irène aura fini d'essayer de saoûler la Muerte de paroles dès fois qu'elle en oublierait c'qu'elle fait là, j'te ficherai la paix et j'irai m'occuper de ce petit désir qui me démange intact depuis 14 ans... Mais elle a pas bientôt fini, oui ? Irène !!! J'voudrais vraiment vérifier si j'arrive à rematérialiser un autre bâton que c'ui pour jouer avec les clebs, magne-toi !"

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" - B'jour Elim !
  - Moi, c'est Karim. Elim, c'est celui avec les cheveux courts et le bermuda.
  - Ah ben ptêt... C'est qu'c'est compliqué avec des jumeaux... Ca farte ce matin comme vous dites dans la jeunesse ? J'ai entendu du bruit et un gros éclat de rire hier soir, vous faisiez encore la fête toi et Karim ?
  - Sérieux Cécile, t'avais pas un ordinateur à réparer avec ton tournevis sans manche isolant, là ?"

Wooooosh !

03

J'espère vraiment que Maman a pu connaître un réel bonheur post-mortem en entendant Cécile se faire électrocuter. Malheureusement, c'était de jour, elle n'a pas pu la voir faire son spectacle son et lumières.

04

Malheureusement bis, Cécile s'en est tirée, et j'ignore vraiment comment. Cécile, j'ai toujours pensé qu'elle n'était pas vraiment humaine quand elle nous gardait, petits. Je suis sûr et certain qu'elle était une sorte d'hybride alien-humain-cerveau de poule, un raté de la guerre des zarbmondes.

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La preuve, c'est que malgré tous les trucs verdâtres et autres mixtures de "test" que Maman lui avait fait avaler, elle n'est jamais tombée malade une seule fois. N'importe qui se serait tenu le ventre en se tordant de douleur s'il avait avalé ça par accident ou par torture : elle, elle y allait avec entrain en y mettant les mains pour ne pas laisser les gaz verdâtres s'échapper.

"Ch'est meilleur avec, cha relève bien le goût !"

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Nous nous retrouvions donc seuls, Karim et moi. Ou plutôt, seuls avec Cécile, ce qui était bien pire. Deux orphelins livrés à eux-mêmes à 16 ans à peine, avec un handicap de poids.

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Comme si ça ne suffisait pas, Trublion, qui adorait Maman qui lui avait appris mille tours qui avaient fait de lui une vraie star comme son père, s'était enfui en voyant la Muerte et toute sa fumée noire pestilentielle. Et comme il tournait une nouvelle pub pour des produits laitiers à ce moment-là, il n'avait pas de collier pour ne pas faire de marque dans son pelage... Entre le notaire et ses montagnes papiers et la notification de disparition à la fourrière, je ne savais plus où donner de la tête et je ne sais pas comment j'ai réussi à penser à tout faire.

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Maman avait pris beaucoup de dispositions pour que tout se passe le moins mal possible pour nous. Elle nous laissait un héritage financier assez confortable - sans oublier nos frères et soeur qui étaient tous trois bénéficiaires de sa police d'assurance, bien entendu ; et bien que nous n'ayions pas plus le droit de les contacter personnellement que mes parents ne l'avaient eu, Karim et moi avons été heureux qu'ils puissent recevoir cet argent. L'exécuteur testamentaire a seulement pu nous dire qu'il avait eu bien du mal à localiser Léonard et Léopold. Je me demande ce qu'ils sont devenus.

Bon d'accord... Que la trompette du Jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge, bla bla bla bla bla.... Karim et moi, on était dégoûté, verts comme les meubles de la cuisine et nos pyjamas assortis, complètement dépités : l'idée que Maman ait pu laisser une somme folle à Léopold et Léonard qui ne nous avaient pas laissé le souvenir d'une rencontre impérissable et Lécifer dont on ne savait rien, ça nous rendait à moitié fous quand on n'était pas sûr d'avoir suffisamment pour tenir jusqu'à ce qu'on soit en âge de bosser.

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Certes, on m'objectera facilement que nous étions déjà en âge de travailler... D'ailleurs, on a dû en chercher, du boulot, quand on a eu fini de se battre pour savoir qui finirait par réparer ce maudit ordinateur. J'étais le plus physique, j'ai gagné et Karim a dû s'y coller. Mais j'ai gagné comme un pauvre Pyrrhus : il a rafflé une place de vendeur de disques proposée sur internet qui ne pouvait qu'augmenter son aura séductrice, quand tout ce que j'ai pu trouver dans le supplément emploi de la gazette, c'était une place pour superviser le "club de l'almanach de la maison de retraite" à l'hospice. Et la supervision, ça consistait à expliquer à des pépés qui touchaient un ordinateur pour la première fois et avaient peur de se faire mordre par le mulot comment mettre en page leurs récits d'excursions sans jamais m'énerver. Ils n'ont pourtant eu aucune perte par strangulation à déplorer tant que j'y suis resté, j'ai clairement été sous-payé.

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08 oct. 07

7. La vie continue...

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Grâce à mes contacts à la maison de retraite, on a réussi à convaincre l'increvable Cécile qu'elle serait mieux à refuser de mourir là bas - et nous, on serait bien mieux ici, débarassés d'elle.

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Je n'ai même pas eu besoin de m'en faire à la perspective de la revoir en allant m'occuper du club de l'almanach : un p'tit vieux sympa avait été impressionné par ma patience pour expliquer mille fois de suite la différence entre clic, double-clic et clic droit, et il m'avait recommandé à son fils journaliste qui m'avait pistonné pour un super plan de critique de film pour un site cool sur le net.

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Pour Karim, les choses se passaient moins bien. D'abord contente qu'il ait reboosté les ventes locales de Marcel Pignolo, la disquaire l'a promu accordeur de piano. Mais dès sa première semaine de boulot, il est tombé sur une pointure, le ténor Alfonso Prano, qui voulait un piano accordé en désaccordé en accord avec sa voix. Ce bazar, c'était tout sauf dans les cordes de mon frère, et, dépassé par les desiderata du ténor qui se prenait pour une diva, il a abandonné là la mission pour se voir renvoyé à la case départ de la vente de disques, mais sans toucher 20.000 §.

" - T'inquiète frangin, les échelons, ça se descend, mais ça se remonte aussi...
  - Vas-y Elim, t'as passé trop de temps avec des ieuv à la maison de retraite, tu parles trop comme eux ! Si tu savais comment j'm'en carre, c'était trop un faux plan les pianos, ça se profilait sévère que j'allais m'retrouver qu'chez des richards, des mémés et des familles lourdingues qui veulent forcer leur gnome à prendre des cours. J'suis trop jouasse de retourner conseiller les daubes de la Pop Académie aux minettes du bahut, elles me trouvent toutes cool après... Franchement, si c'est pour me retrouver avec des responsabilités, autant pas progresser !
  - Okay... Moi j'disais ça comme ça pour être sympa..."

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Car j'avais bien d'autres chats à caresser...

A quelque chose tout malheur étant bon, je dois avouer que le changement d'attitude de Bénédicte à mon égard depuis que j'étais un pauvre orphelin (ou un ado émancipé qui vivait sans adulte dans une maison à fort potentiel festif ?) m'a beaucoup aidé à positiver et que j'ai su profiter...

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... à sa très juste et exacte valeur de ce soutien inespéré.

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Et alors qu'on ne l'espèrait plus non plus, un type a retrouvé Trublion et nous l'a ramené. Un sale type, d'ailleurs, qui voulait nous extorquer une récompense monnayable au lieu de se contenter de notre reconnaissance éternelle pour son geste citoyen.

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Je ne sais pas ce qu'il lui avait fait, mais notre chien était devenu une vraie terreur ingérable, c'est tout juste si on pouvait encore l'approcher sans risquer de perdre un doigt ou plus précieux encore.

A la réflexion, notre indépendance anticipée nous avait quelque peu ensauvagisés aussi, et même si ça ne s'est pas exprimé d'une manière aussi bestiale -quoique-, la nouvelle personnalité de Trublion n'était pas la seule chose qu'on avait du mal à gérer...

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Depuis que Maman n'était plus là pour me forcer à faire mes devoirs, j'avais oublié sans regret jusqu'à leur existence, et ça ne me valait pas vraiment l'admiration de mes professeurs.

Karim, lui, arrivait à retrouver de temps en temps le chemin tortueux du bureau, non qu'il prenne vraiment plaisir à la chose, mais il était chatouillé par l'idée de pouvoir aller glandouiller à la fac où il espèrait pouvoir "poursuivre" sa collection de rencontres et de rendez-vous qui n'avait toujours pas démarrée.

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Il faut dire que si mon frère n'avait rien de mieux à faire, j'étais très occupé par ailleurs, entre mon obligation de passer mon temps au cinéma pour laquelle j'avais développé une grande conscience professionnelle et mon amour naissant pour Bénédicte. Je crois que j'ai vraiment aimé être amoureux d'elle.

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J'ai dû me résoudre à expliquer à Lisa que tout était fini entre nous car mon coeur s'était envolé au-dessus d'une tête à la blondeur plus marquée encore.

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Elle l'a étonnamment bien pris.

Fiiiiiioushhhh !

"Ich liebe dich aussi, Elim"

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" -Euh... Lisa... je voudrais juste vérifier un truc : tu ressembles à une grosse gargouille
  - Ach, danke schön, danke schön, ich liebe tes belles paroles, du bist ein gargouille auchi, mein Elim"

Wooosh !

Techniquement, j'avais été réglo quand même, je ne pouvais pas vraiment me faire de reproche...

Extrait du journal de Karim

J'y crois pas ! Elim il a largué sa teutonne et il se tape Bénédicte la méga bombasse accessible à lui ! Sérieux, j'ai réfléchi et retourné le problème dans tous les sens de son incompréhensibilité, ça doit être les cheveux courts. Parce que sinon, l'uniforme, j'ai le même ; quand je le tombe, ch'uis pas en bermuda bor***, et j'ai quand même pas son gros air de niais collé sur la tronche.

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L'autre jour, à l'animalerie où je me suis coltiné d'acheter des colliers pour les clebs fugueurs d'Elim, la caissière que j'essayais d'aborder m'a demandé si c'était moi au sommet de la pyramide des pom-pom girls à l'école... Tant pis, c'est décidé, je sacrifie mes cheveux. J'suis trop deg, je les ai jamais coupés depuis... jamais en fait, c'est horrible, j'ai l'impression que je vais me faire amputer.

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Et ben voilà, c'était grillé, la coiffeuse m'a complètement raté, je suis obligé de mettre un bonnet. Et comme aucune meuf a encore accepté de sortir avec moi, j'en suis réduit à traîner ma misère au bowling avec Rudy Royer, qu'est à peu près du même niveau que moi dans le genre prédateur bredouille...

"Hallo, Karim !"

Super, la teutonne... Hé mais j'suis débile, moi ! Super, la teutonne !

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" - T'sais, Lisa, j'voulais dire que mon frère il a grave pas assuré de te larguer pour Bénédicte, moi j'serais resté avec toi, et d'ailleurs...
  - Was ? Bénédicte ?
  - Ouais... j'veux dire... la vache comment on dit ça en teuton... Elim liebt Bénédicte aber ich, Karim, liebe dich Lisa vachement plus.
  - Waaaas ??? Elim liebt Bénédicte ???"

Mortel, le batard il lui avait pas dit en fait ! C'est bien son genre, ça, de se l'être gardée sous le coude prête à être levée comme une bonne chope de bière blonde... Ouarf ouarf, ch'uis trop con ! Mais comment il abuse trop à mon avantage là !

" - Ouais, mein Bruder gros salaud, er ist mit Bénédicte ! Gros palots il lui roule !
  - Achloch !"

Je sais pas ce que ça veut dire, mais vu comment on dirait qu'elle se racle la gorge, j'crois qu'il s'est bien fait canarder.

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Trop facile en fait !!!!

"Ouais, allo Béné ? C'est Karim ! Ecoute, j'aime beaucoup mon frère, mais j'pense qu'il est de mon devoir de soulager ma conscience et de te prévenir qu'il joue double jeu avec toi, et je te respecte trop pour ne pas te dire qu'il est toujours avec Lisa. Je sais que c'est très dur et que tu vas avoir besoin d'accuser le coup, mais si tu as besoin de parler, j'suis là et on peut se retrouver... Au bowling d'Elvis, OK, à tout de suite !"

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" - Merci Karim, ça m'a fait vraiment du bien de parler pendant ces 3 heures et demi, tu es un véritable ami.
  - Ben de rien, Béné, moi aussi ça m'a fait plaisir de t'écouter sans rien dire pendant... ah ouais, 3 heures et demi... quand même, hein, t'avais vraiment besoin de parler sans t'arrêter. C'est... euh... fait pour ça, les amis. Trinquons à l'amitié, hein, ça doit donner soif de jamais reprendre son souffle comme ça"

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" - J'ai fait une vraie erreur de sortir avec ton frère, il ne me plaisait même pas au début, mais tu comprends, il m'a tellement touchée quand il a perdu sa mère... Je sais que toi aussi tu as perdu ta maman, puisque vous êtes frères...
  - Tu es très perspicace, Bénédicte...
  - Hihihi, merci... je t'ai tellement mal jugé..."

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" J'te pardonne, Béné. Et puis tu sais, ma mère, qui me manque énormément, disait toujours qu'il n'est jamais trop tard pour réparer ses erreurs dans la vie".

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Comment j'adore ça, moi, réparer des erreurs dans la vie !

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" Elim !! Oh ! Eliiiiim ! Viens téma un truc !"

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" Ca va pas de beugler comme ça, qu'est-ce qui y'a Karim ?"

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" - Tu sais quoi ? J'ai appris tous ses ordres à Pégase et il est en train de devenir une vraie star aussi, il a été choisi pour jouer dans un téléfim génial avec...
  - Franchement, j'm'en bats les reins de ton histoire de clebs..."

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" ... T'sais quoi, moi, aujourd'hui, j'étais en ville, et j'ai eu mes deux premiers premiers rencarts ! Tiens, salut M'man, t'as entendu ?"

J'ai jamais vraiment eu peur des fantômes, j'en vois depuis qu'j'suis petit. Et puis le fantôme de Maman, il fait vraiment pas peur, elle continue juste à nous surveiller sans rien dire, c'est presque réconfortant de l'avoir tout le temps qui espionne comme avant.

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"Et tu sais quoi ? J't'ai ramené un pur cadeau, tiens !"

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" - Pour moi, Karim ? T'as eu le temps de penser à moi ? T'es trop cool !
  - J'ai fait qu'ça, d'penser à toi, frangin... Sérieux, M'man, arrête de me regarder comme ça, c'est pas comme si j'avais buté quelqu'un."

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" J'ai même tellement pensé à toi que j'ai pas oublié de prendre des photos avec les p'tites meufs que j'ai sorties, pour que ça te fasse exactement comme si t'avais été là. Retourne-toi mon gars, j'ai mis mon tableau de chasse au mur !"

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La tête de bouffon qu'il a tiré, le frangin ! C'était trop bon !

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"Waaaahaaaah ! J't'ai piqué tes deux meufs d'un coup ! Qui c'est le vieux galérien maintenant ? Franchement, je savoure trop !!!"

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"Ouais, c'est ça, viens me prendre, essaie. Moi aussi j'ai droit à la prime des muscles accélérés, maintenant, tu me touches, t'es encore plus mort par terre, j'te préviens !"

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"T'es un vieux looser qu'a plus de meuf ! C'est moi qui me suis tapé Béné !"

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Trop jouissif, le défilé des ex de mon frère pour m'apporter des roses rouges le lendemain ! Y en a pas une pour sauver l'autre par contre, elles ont pas réussi à s'étonner de se croiser.

NDLA : Grrrrr.... stupides, stupides simettes automatisées ! J'étais de votre côté pourtant !

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11 oct. 07

8. La roue tourne dans tous les sens

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Après le sale coup de Trafalgar de mon frère, je me suis retrouvé pour un temps qui m'a semblé bien long dans la peau d'un adolescent mal dans sa peau à problèmes.

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Le relooking ayant été si profitable à Karim, à mon lourd détriment qui était là pour en parler, j'ai fait des frais en abandonnant les culottes courtes que j'arborais depuis mes 14 ans sous les railleries fraternelles et opté pour un style "coiffé-décoiffé" plus mature qui, j'y comptais bien, me rendrait tout mon pouvoir aimantesque sur les filles, ou, à défaut, au moins un peu de confiance en moi et le moral qui accompagne ce genre de chose. J'ai bien fait de miser dessus, c'est d'ailleurs toujours ma coupe aujourd'hui.

Mais à ce moment-là, entre mon frère et moi, c'était la guerre froide des nerfs : on ne s'adressait plus la parole, ce serait au premier qui craquerait. Je digèrais assez mal qu'il m'ait piqué mon Mo Jo et mes copines (enfin... surtout Béné puisque techniquement j'avais rompu avec Lisa, m*** !!!), on peut même dire qu'après plusieurs semaines, ça n'avait toujours pas dépassé le niveau de ma gorge et restait coincé bien en travers.

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Lui, pendant ce temps, les avait déjà oubliées et ne prenait plus leurs appels. Je n'ai pas cherché à récupérer les restes de restes, question d'orgueil bien placé, il me semble. Il était gaiement passé à Léïla sans transition. Je ne sais pas ce qu'il lui avait fait, mais elle était à ses pieds.

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D'après lui, il lui avait fait un massage inoubliable auquel elle ne pourrait goûter qu'avec lui, même si elle faisait le tour du monde, parce qu'il avait inventé la technique.

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Et quand je dis "à ses pieds", c'est littéralement. Il l'a persuadée de nettoyer toute la maison, j'en avais mal pour elle.

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Maman, qui avait toujours eu le machisme d'opérette en horreur et ne s'était jamais laissé marcher sur les pieds, et encore moins se prosterner à ceux des autres, est d'ailleurs venue lui faire savoir ce qu'elle en pensait. Il en a revu à la hausse son trouillomètre vis-à-vis des fantômes -- bien fait !

"Sérieux, Maman, arrête de m'engueuler d'outre-tombe, c'est trop flippant, c'est bon, j'traiterai mieux la prochaine, promis !"

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Car il n'avait pas l'intention de mettre un terme au défilé...

" - Hé Karim ! Je rêve ou j'lui fais de l'effet, à miss rencart number 4 ?
  - Rêve pas Elim et continue de frotter tes assiettes, elle est là pour moi ! Et t'as loosé, vieux, t'as rompu la loi du silence !
  - J'm'en fous, j'ai retrouvé mon Mo Jo !!! Y'a une justice !!!
  - Les garçons euh... vous pourriez tout de même faire comme si j'étais là, quand même..."

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Maman était d'accord avec la petite rousse, elle tint à le faire savoir.

"Mais M'man, arrête de t'acharner sur moi ! Là c'est au moins autant la faute d'Elim !!!"

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Moi ? Mon Mo Jo de retour, je m'étais dépêché de vérifier qu'il était totalement intact. Bêtement, d'ailleurs, avec la première blonde de mon âge qui passait devant Erewhon...

Hélène Ferrand ! Si j'avais su, je me serais cassé une jambe plutôt que de la saluer.

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Je ne peux pas nier qu'entre nous, il y a eu de l'électricité qui a su recharger mon moral à plat.

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Mais ses projets d'avenir sur 30 ans avec PEL intégré et 3 enfants installés en série dans le monospace m'ont fait paniquer rapidement : on sortait ensemble depuis 2 semaines et demi, pour être précis.

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Au milieu de nos carnets de rendez-vous pleins à tous les deux maintenant qu'on avait trouvé un rythme de croisière qui ne se marchait plus trop sur nos pieds respectifs comme des gamins qui apprennent à danser, Karim était le seul à avoir trouvé le temps de remplir un dossier d'inscription pour la fac. Mes bulletins de terminale ont été remplis d'avertissements, j'ai attendu mes 18 ans en faisant le dos rond.

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Alors un matin, tout mûri que j'étais par mes premiers chagrins d'amour propre et mon premier couteau d'engagement sous la gorge, nous avons eu mon frère et moi notre première conversation de presqu'adultes.

" - Karim, tu devrais aller seul à l'université. Moi, je vais rester ici.
  - Raconte pas n'importe quoi, Elim, on ira tous les deux à la fac, t'auras ton bac autant que moi et après ça sera l'éclate totale pour nous.
  - J'vais rester ici, Karim : on n'a pas les moyens de payer deux fois les frais de scolarité, on peut pas laisser les chiens tous seuls, et j'ai décidé d'être celui qui reprendra l'engagement de Papa dans la colonie. Toi, tu pourras avoir pleins de rencarts à la fac sans que je te fasse de l'ombre et ensuite, tu pourras partir où tu voudras après tes études et satisfaire tous tes rêves de gloire, de fortune et de plaisirs nocturnes, et même piquer les meufs des autres si ça t'amuse...
   - Sérieux, Elim ? Tu ferais ça pour moi après ce que... euh... je t'ai fait à toi ?
   - Vois pas ça comme le sacrifice du siècle, frangin : j'peux pas blairer l'école depuis tout petit, j'adore nos chiens, j'aime bien écrire et j'me plais dans mon job de critique. Crois-moi, ça a rien à voir avec toi. Je suis bien à Erehwon et New Frontier, ça me fait plaisir de reprendre le flambeau de Papa et d'honorer son engagement ici.
   - Ben si ça te fait kiffer de rester dans ce trou, c'est vendu Elim !!!"

Et c'est ainsi que, non sans s'être offert un nouveau premier rendez-vous pour fêter son bac...

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"Mesdames et Messieurs, roulement de tambours, le cinquième rencart de Karim entre en piste ! Hey !!!! C'est avec moi que t'as rencart, pas mon frère !!!!"

(bien fait bis !)

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... le lendemain matin, Karim a quitté Erehwon pour la fac comme s'il y avait le feu, bien décidé à ne jamais revenir.

" Eh ! frangin ! attends ! on se dit au revoir quand même !"

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Comme nos moyens n'étaient pas mirobolants et que Karim n'avait pas non plus eu une scolarité exceptionnelle, il n'est pas vraiment parti très loin : la fac du coin, à deux heures de route.

J'ai été pris de nostalgie quand je l'ai vu s'engouffrer dans le taxi comme s'il m'abandonnait en enfer. Il faut reconnaître que si j'avais fait le fier devant lui, j'angoissais un peu de me retrouver seul avec les chiens, leurs fantômes et ceux de mes parents : reprendre l'engagement et l'héritage de notre père, ce n'est pas rien. C'est vrai que je n'en ai pas parlé pour l'instant... A la mort de Maman, Karim et moi, on s'était bien sûr empressé de lire le testament de mon père dont elle nous avait indiqué l'emplacement, qu'on n'aurait jamais trouvé seuls, effectivement (le tome 7 du manuel de mécanique des fluides, franchement, qui peut lire ça ???).

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9. Le testament de Léo

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Mes très chers fils,

J'ai du mal à penser que j'serai plus qu'un tas de compost décomposé six pieds sous terre quand vous lirez ça, mais faut bien que j'me rende à l'évidence : j'suis plus tout jeune et j'vois pas de cure de jouvence se profiler à l'horizon qui se rapproche dangereusement de ma tête. J'espère que vous deviendrez de bon p'tits gars et que vous en ferez pas trop baver à mon Irène. J'm'en fais pas, j'compte sur elle pour vous serrer la vis. Et j'vous préviens tout de suite, si vous parlez mal à votre mère, j'viendrai vous hanter à la Armaghédon.

J'sais que d'ici à ce que vous lisiez ça, votre mère vous aura fait lire mes mémoires. Y'a d'autres choses qu'elle vous aura expliquées, et d'autres qu'elle vous aura pas dites, parce que je considère que c'est à moi de le faire.

Je suis bien triste de penser que vous serez probablement orphelins de père, parce que je l'ai été moi aussi. Ca a pas été facile pour moi, alors j'espère que grâce à votre mère, ça se passera moins mal pour vous. J'avais pas 10 ans quand mon père est mort. Autant que j'me souvienne, il était un peu comme mon Irène : fallait toujours qu'il ait lu tous les bouquins qu'il trouvait à portée de main, peu importe de quoi ça parle du moment que c'est écrit en petit à vous en déglinguer la vue. Pour gagner du temps sur la vie qu'est toujours trop courte, il fallait tout le temps qu'il utilise ces machins du gouvernement, les énergiseurs et autres casques qui stimulent la cervelle. Sont rationnés maintenant, ces bidules, mais avant la guerre des zarbmondes, le gouvernement en distribuait à foison à tous les cobayes qui voulaient bien jouer les gogos volontaires et les tester. J'vais même violer un secret défense, mais j'm'en tape, ça a été un facteur de déclenchement de la guerre des zarbmondes, toutes ces technologies à l'essai qu'on avait tenté de piquer aux extra-terrestres.

Un jour, mon pauvre père a reçu un lot défectueux : l'énergiseur lui a pompé toute son énergie au lieu de l'énergiser, et il s'est senti tellement mal qu'il est allé prendre un bain pour se requinquer sans penser à enlever son casque accélérateur d'ingurgitation de connaissance de malheur. Il a été électrocuté dans la baignoire, et ma mère n'a eu pour seule consolation que d'entendre le légiste lui assurer qu'il n'avait pas souffert plus de 10 minutes. N'utilisez jamais ces engins de malheur, ça risquerait de vous arriver ! Et méfiez-vous du gouvernement, mes garçons, on vous dit pas tout.

Ma pauvre mère, qui avait peur que je me retrouve orphelin tout court, a voulu s'envoyer cul sec toute une bombonne d'elixir de vie pour rester plus longtemps à s'occuper de moi. Malheureusement, et elle l'ignorait, elle était allergique à ce machin vert. Au lieu de la plonger dans la fontaine de jouvence, ça lui a offert un aller simple pour un tête-à-tête avec la Muerte. J'suis bien malheureux d'avoir à vous dire ça, mes fils, mais l'allergie de ma mère, c'est tout ce qu'elle a pu me laisser en héritage : j'ai pas pu faire autrement que de faire avec le temps que j'avais, pas une minute de plus. Votre mère a vérifié à votre naissance, comme elle l'avait fait pour vos frères et soeurs, et vous non plus ne tolérez pas la mixture. J'sais que ça va vous faire un coup dur de lire ça, et je suis d'autant plus triste d'avoir à vous l'annoncer que dans cette colonie de malheur, tout le monde s'en abreuve à foison pour tenir le coup : vous étonnez pas si vos arrière-arrière-petits-enfants croisent Magalie Pérez au drive-in.

Pour une raison que je ne m'explique pas et, ce qui me rassure moins, votre mère non plus, cette allergie est transmissible à votre entourage. Après votre mariage, votre mère s'est rendue compte qu'elle tolèrait plus la mixture non plus. J'espère que c'était seulement que son amour était si fort qu'on en a fusionné quelque part, parce que sinon, ça veut dire qu'il faudra expliquer à vos fiancées les enjeux d'un mariage avec vous, et j'sens que c'est un coup à se faire planter penaud sous les fleurettes des arches matrimoniales. Du coup, j'espère de tout mon coeur de père que vous aurez un paquet d'autres atouts à faire valoir. N'épousez pas n'importe qui, essayez de trouver le grand amour comme je l'ai fait, c'est tout ce que je peux vous conseiller. Et faites beaucoup d'exercice pour vous entretenir, le sport, c'est la santé d'un corps sain dans lequel ranger un esprit pas dérangé. Mon entraînement, il m'a tenu en vie quand j'avais rien.

Au moment où vous lirez ceci, je sais que vous saurez qu'il me fallait verser 5 millions de simoléons si je voulais partir d'ici. Si vous pensiez que j'avais fini de vous pourrir le moral, j'ai malheureusement une autre mauvaise nouvelle à vous annoncer en espérant que vous irez pas cracher sur ma tombe. La chose la plus difficile que j'aie à vous dire, c'est que ça vous concerne aussi, ou, en tout cas, un de vous deux. Je suis vraiment désolé de m'être engagé dans ce bourbier désertique sans réfléchir aux conséquences. C'est que pour être certains que leur colonie capotera pas, ces enf*** de ronds-de-cuir, ils m'ont fait engager avec moi l'avenir de mes descendants à mon insu : faut qu'un garçon hérite nécessairement du fardeau, à moins de verser les fameux 5 millions, sur 10 générations du moins... Rien que ça ! Ca fait automatiquement partie de mon héritage pour l'administration, comme ça fera partie de celui de vous deux qui restera à Erehwon et devra se déclarer responsable de l'engagement à ses 18 ans. J'ai beau espérer que vous deveniez riche à ce point de millionarité, j'préfère rester réaliste. Elim ou Karim, je ne sais pas lequel de vous deux trouvera Erehwon suffisamment pas trop désertique pour y rester, mais j'espère que tu voueras pas une trop grande haine posthume ton père. Essaie de satisfaire chaque jour un de tes désirs, tu verras que la vie sera moins pénible. Et me demandez pas pourquoi il faut qu'ce soit nécessairement un garçon, l'administration est plus misogyne que votre vieux père : j'pense qu'y s'sont dit que les gars sont plus résistants à la solitude du désert. Vous verrez qu'on n'y est pas si seul, pourtant. Vous verrez aussi que c'est pas toujours pour le mieux.

Il est possible que vous me détestiez arrivé à ce point de votre lecture. J'espère que vous trouverez un reste de piété filiale quelque part dans un coin du frigo pour lire mes dernières volontés.

Comme votre mère vous l'a nécessairement raconté, on n'a pas toujours été gâté par la vie, et on pourrait même dire qu'elle s'est un peu acharnée sur nous. On nous a enlevé la garde de nos trois premiers gosses, et c'est une plaie que je ne pourrai jamais panser. J'espère de tout coeur, mes fils, que vous sauverez l'honneur des Pilgrim. Faites plus jamais rien qui puisse vous ramener l'administration chez vous... l'assistante sociale, les huissiers, tout ça, j'veux plus les voir à Erehwon.

Si l'un de vous d'eux a hérité de l'intelligence de sa mère, j'espère qu'il pourra faire médecine pour poursuivre ses travaux. Son histoire de thoracotomie, j'y ai jamais rien compris, mais ça lui tenait beaucoup à coeur. J'sais qu'elle planque toutes ses notes quelque part, j'espère que l'un de vous deux ou de vos gosses saura y comprendre quelque chose et poursuivre l'oeuvre de sa vie.

Et n'hésitez pas à vous venger de l'externe qui nous a ruiné et de sa mère l'assistante sociale, vous avez ma bénédiction, mon approbation, et pas que j'veuille vous pousser au crime, mais vous avez même tous mes encouragements. Faites simplement gaffe à ce que ça soit pas lors d'une visite, parce que ça, ça vous colle la police au train, pis c'est pas parce qu'on a une vendetta à régler qu'on doit en perdre le sens de l'hospitalité. Un visiteur, même quand on le déteste, ça reste sacré. Prenez exemple sur ce qu'on a prévu de faire votre mère et moi avec Cécile : vous le faites emménager bien gentiment et après vous faites ce que vous voulez, le légiste est un ami de votre mère.

Dans un registre moins meurtrier, j'espère que vous aimerez Docile et Douce et qu'ils ont bien continué de s'occuper de vous : j'aimerais vraiment que vous continuiez aussi à faire vivre et évoluer le Pilgrimhound. C'est un vieux rêve de gosse à moi, si vous pouviez poursuivre cette race, j'serais vraiment content et honoré posthumement.

Si vous pouviez aussi avoir la gentillesse de pas vous débarasser de nos tombes, j'aimerais que votre mère et moi on puisse se retrouver de temps en temps, même en fantômes. Ayez pitié de tous les morts d'ailleurs : laissez-les se promener tranquillement, même mon Ghédon qu'a fait si peur à mon petit Léopold. J'sais qu'Irène est pas d'accord, mais j'crois fermement que les fantômes, faut leur laisser la possibilité de vaquer, sinon ils risquent de pêter leur urne de l'intérieur à fulminer dedans, et à mon avis, ça peut qu'être pire. Et j'voudrais pas que l'enlèvement de mes gamins ait eu aucun sens, juste pour une conviction à moi sur laquelle on s'assoit finalement.

Pis surtout, soyez courageux, mes fils. J'me suis pas forcément illustré par mes faits d'armes pendant la guerre, mais j'étais pas non plus un déserteur. Y a pas d'alarme à Erehwon, parce qu'on n'est pas des lâches, et qu'on peut très bien régler leurs comptes aux rôdeurs. Essayez de garder cet esprit, mes garçons, réparez vos trucs tous seuls et tout le toutim. J'aimerais pas qu'il y ait des mauviettes dans ma descendance.

Votre père,

Léo Pilgrim

PS : méfiez-vous du paquet de blaireau qu'il y a dans ce coin. Le Renaudin, sa tronche de cake et son short, j'les veux pas dans la famille. Mais faites surtout attention aux Rapat-Sité, Vanderseaux et autres Bigster et Callus de malheur. Tous ces richards des beaux quartiers où on peut pas aller, ça serait pire que le ver dans le fruit ou ceux qui doivent me grignoter à l'heure où vous lisez ça, y a que des ennuis à se mêler le sang avec celui de ces familles-là qui croient le leur bleu. Croyez-moi, vous engagez pas avec eux.

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" - ....
  - ....
  - Tu dis rien Elim ?
  - Qu'est-ce tu veux qu'j'te dise ? C'est horrible, on va mourir à la fin de notre vie tout ça parce qu'on peut pas boire l'elixir de vie ! J'ai déjà droit à 3 bombonnes en plus !!!
  - Oh la vache ! J'en reviens pas ! La meuf qui m'a envoyé bouler au speed-dating, elle était vraiment sortie avec notre père ! Faut trop qu'j'trouve un moyen de la rappeler !"

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10. Premiers pas d'hommes à femmes, phase de rôdage

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Une fois Karim parti, je me suis retrouvé un peu seul face à moi-même qui me reflétait dans la glace. Et les câlins à soi-même, c'est quand même pas très réconfortant.

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Car si j'avais juré à mon frère que je me moquais d'aller à la fac et que je reprenais l'engagement de Papa la fleur au fusil et le coeur en écharpe, avoir raté ma chance de faire des études supérieures et de recevoir une éducation plus poussée, comme on dit, m'a tout de même taraudé. Tout ça faisait un paquet de lourdes responsabilités pour mes épaules encore frêles, même si je continuais assidûment mon entraînement pour qu'elles deviennent encore plus carrées et m'offrent un ticket d'entrée chez les Llamas plus près de l'action que dans la tribune des supporters...

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J'ai un peu honte de l'avouer, mais, bien souvent, il m'est arrivé de craquer, alors même que tout allait bien par ailleurs. Je dois reconnaître que je ne me rendais pas compte qu'il y avait aussi peu à faire, seul à Erehwon, une fois l'heure de nos intenses & intensives compétitions adolescentes passée. Une sorte de train-train routinier et solitaire s'est installé dans ma vie...

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... jouer avec les petits toutous...

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... nettoyer les dégâts faits par les mêmes petits toutous...

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... voir lesdits petits toutous devenir de gros chiens qui font encore plus de dégâts...

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... de gros chiens morfales qui vous mettent la pression quand vous cuisinez...

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... cuisine tristement solitaire ratée sous la pression des gros chiens, ce qui hâte de vider le frigo...

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... frigo vide qui nécessite de faire une commande à l'épicerie...

Hey !!! Sus à la monotonie !

"Bonsoir jolie demoiselle, laissez-moi donc porter ce pesant panier de provisions. Entrez-donc, je vous en prie".

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" - Ca vous dirait d'esquisser quelques pas de danse, dans la spontanéité de l'instant de cette belle rencontre ?
- Vous parlez bien, dites donc !
- Je suis journaliste, grand reporter même comme vous l'indique fort à propos l'appareil photo qui entoure mon cou, viendrais-je à dénicher un scoop exclusif. Vous m'inspirez d'ailleurs une enquête d'investigation sur vous et votre vie... on pourrait se revoir pour une interview approfondie ? Je garderai le silence sur les confidences off the record, bien sûr."

J'en rajoutais un peu, voire bien davantage : j'étais toujours critique de film. Mais mon salaire était passé de 115§ à 287§ par jour grâce à mon ancienneté, ce qui mettait une noisette de beurre dans mes épinards et des croquettes dans les gamelles des chiens.

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Et surtout, ça me permettait de sortir d'Erehwon pour voir des films à l'oeil, avec la possibilité toujours ouverte de faire d'agréables rencontres...

" - Vous aussi, vous vous êtes dit que l'art et l'essai chiant c'était une occasion d'emballer des nanas ?
  - Non, moi j'ai l'excuse d'être critique et d'être payé pour donner mon avis sur le film après..."

Pour mon frère aussi, à en lire ses mails, l'adaptation à la vie estudiantine a été exigeante.


Boîte de réception - 'Bonjour, Elim!'
De : Karim
A : Elim
Objet : J'prends mes marques à la fac

'Lut brother !

J'espère que ça gaze de ton côté et que tu te sens pas trop comme un rat mort dans ton terrier à Erehwon.

02

De mon côté à moi, le week-end d'intégration était sympa, en tout cas au début parce que je me suis fait raser le crâne pour mon bizutage parce que j'ai pas réussi à boire cul sec un mélange tout dégueu. J'suis vert, ça a été trop dur de récupérer quelque chose sans me griller à vie sur le campus avec la face de pet que ça me faisait.

02b

La résidence est pas trop vétuste et le self est ouvert prequ'à toute heure. Y a bien un troll qui me saoûle déjà, il est tout le temps à me coller à m'expliquer des trucs nazes, genre il aime pas que les meufs mettent des talons parce qu'après elles sont plus grandes que lui, même les petites. Mais j'ai bien l'intention de faire faire sérieusement mes disserts au nabot, alors je le laisse déblatérer de ses complexes, et, crois-moi, il a matière à causer sur le sujet.

03

La vraie bonne nouvelle, c'est que c'est mixte. Y a même une jolie rousse qui a sa chambre dans mon couloir. Elle m'impressionne presqu'autant que l'ultra-sim, quand j'ai voulu lui parler y a qu'un petit filet de voix qui est sorti, on aurait dit que j'avais pas mué : la honte !

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J'suis sorti en ville pour nouer des contacts, mais j'ai trop perdu mon temps : personne a jamais mis les pieds dans le bar où j'ai passé la soirée à m'acheter une contenance au comptoir en commandant des verres. A la fin, note, il valait mieux pour moi que je rencontre personne, parce que ça aurait été la grillade de Karim épicée assurée vu l'état dans lequel j'étais.

05

Va pas t'inquiéter comme un daron que j'fous rien et qu'on a gâché les sous de mes droits d'inscription : les profs tiennent à nous montrer qu'on en a pour notre argent, j'croule déjà sous les trucs à rendre. Faut vraiment que je développe mon pouvoir de persuasion si j'veux m'en sortir.

Prends soin de toi, frangin, et pense pas qu'au boulot en voulant jouer le gars responsable, si tu vois ce que je veux dire !

Karim


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Mon frère pouvait garder pour lui sa sollicitude : ma petite vie de critique se poursuivait...

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... avec tous les bénéfices induits en terme de rencontres féminines. Héléna, la petite barista du cinéma, m'a avoué que ma présence quasi quotidienne égayait sa journée. Je me suis donc empressé de l'inviter à poursuivre l'égaiement chez moi, nos obligations professionnelles respectives terminées.

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La soirée s'est bien déroulée comme prévue dans mon imaginaire fertile, je voyais les choses se profiler à mon avantage... Mais c'était sans compter sur un retour de bâton inattendu de mes amours adolescentes, qui se sont même permises d'entrer sans frapper.

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" - Ah c'est pour ça que tu m'as toujours pas rappelée ! J't'apprendrai à en chatouiller d'autres, moi ! Tiens, prends ça !
  - Hélène ???? Hélène !!!! M'enfin ça va pas ??? On s'est pas vu depuis... ouhlà... l'année dernière, avant le bac ?
  - Tu croyais que j'allais t'attendre en faisant la Pénéloppe qui tricote des pulls à son Ulysse, c'est ça, Elim ?
  - Euh... non... euh... maintenant que tu m'y fais penser, j'ai jamais pensé à quoi que ce soit...
  - Reprends ça, briseur de mon coeur ! Je te hais !"

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Héléna a déclaré d'un air gêné que : "euh... ta vie a l'air compliquée, ton ex toujours amoureuse et un peu folle" et qu'il valait donc mieux que "euh... tu fasses de l'ordre dans ta vie, qu'on évite de se revoir", avant de partir en courant.

Merci Hélène...


Boîte de réception - 'Bonjour, Elim!'
De : Karim
A : Elim
Objet : News de la fac et de ses alentours

Salut le frangin !

J'espère que la folle t'a lâché. J'en reviens pas que depuis juin dernier elle poireaute à côté de son téléphone. Franchement, avoue que tu lui avais fait un "truc particulier", non ?

Faut que j'te raconte comment j'ai obtenu mes deux derniers premiers rencarts, ça va te changer les idées. J'étais aller traîner en ville pour lier des nouveaux contacts, comme d'hab. Toujours soif de nouvelles têtes, moi, tu me connais.

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... et comme d'hab, en guise de nouvelles têtes, y avait que des têtes de noeuds : j'suis tombé sur un débile en kilt qui voulait des conseils de mode parce qu'il adorait mon style "branché-négligé" (qu'il faut donc que je change). Moi, pour rigoler, j'lui ai dit que pour apprendre à faire négligé, il avait qu'à demander conseil à une espèce de moche toute crado en pyjama qui traînait par là.

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Le neuneu en kilt, tu lui dirais de sauter par la fenêtre, il le ferait... Il s'est exécuté auprès de la no-style, et apparemment, elle a conscience qu'elle est moche, crado et en pyjama, parce qu'elle l'a super mal pris en s'auto-dévisageant avant de dévisager le type d'un air bien colère.

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J'ai pas eu le temps de dire ouf que Miss Pyjama et Mister Kilt en sont venus aux mains. Trop bon ! Le mec de la meuf en pyjama... un mec en pyjama aussi, il était complètement mort de trouille à voir son thon en pyjama se faire rétamer.

Deux p'tites minettes blondes comme tu les aurais aimées (mais t'avais qu'à être là) se sont mises à paniquer aussi... elles, j'me suis empressé d'aller les rassurer : c'est comme ça que je me suis sorti les deux dans la foulée pour leur changer les idées traumatisantes. Et de 10 rencarts au compteur de rencarts, mon gars, vive la violence urbaine !

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Parlant de blonde, j'ai retrouvé ton Héléna. Elle bosse plus au ciné, elle est barista à la cafet' du campus. J'ai essayé de parler pour toi, mais je crois que t'es bien grillé, elle est pas bête cette meuf : elle a repéré à quel niveau se situe ton talon d'Achille !

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Et parlant toujours de blondes et d'ex à toi, j'suis tombé aussi sur... Hélène Ferrand qui voulait faire la tête au carré à Héléna et à... Lisa l'allemande. T'es un tombeur, man, j'peux mettre les pieds nulle part sans tomber sur tes conquêtes qui s'entre-tuent presqu'autant que la meuf en pyjama et le type en kilt !

J'ai évité la folle de ton corps mais j'ai taillé la bavette à la teutonne. Après tout, c'est avec elle que j'ai eu mon premier premier rencart, mais j'suis sûr que tu te souviens bien des photos souvenirs ;-)

Elle a pas changé : on comprend toujours pas ce qu'elle raconte, et elle milite activement dans l'échec pour imposer la mode bavaroise d'il y a 4 décennies dans le coin.

Et sinon, ouais, j'bosse, t'inquiète : y'a le nabot qu'est en train de faire ma dissert ;-D

A plus

Karim

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