01 sept. 07
1. Non mais c'est quoi c't arnaque ????

"J'me présente, je m'appelle Henri, j'voudrais bien réussir ma viiiiie, être aimééééééééééé"
Non j'déconne, faut dire que j'en ai bien besoin... Moi c'est Léo. Léo Pilgrim. Et je viens de faire une grosse, grosse boulette en signant un papelard sans lire les petits caractères... Une habitude à moi, ça, foncer tête baissée. J'avais pourtant juré qu'on ne m'y reprendrais plus, à la fin de la guerre. Oui, j'ai fait la guerre moi ! Vous vous imaginiez quand même pas que c'était un déguisement, non mais ! Léo Pilgrim, matricule 153148BYR, vétéran de la Guerre des Zarbmondes. Ah, vous faites moins les malins !
Une guerre horrible, que ça a été, la Guerre des Zarbmondes…
Contre les aliens… Oui, oui, me regardez pas comme un cinglé perdu au milieu du
désert, les petits bonshommes verts existent bel et bien, allez pas me faire votre
Scully. Ils se sont mis à débarquer par centaines pour enlever par milliers
les hommes dans la force de l’âge et faire des expériences atroces sur eux : ben,
c’est bien simple, c’était comme dans Alien, le film, vous vous retrouviez à
faire incubateur à monstre et finissiez le bide ouvert. Non, j’exagère pas ! J’ai
vu des trucs horribles, j’vous dis !
Avec
tout ce que j’ai vécu, maintenant, je n’aspire qu’au plaisir. Et aussi, à
trouver l’amour de ma vie : le vrai, celui où ça fait comme 3 éclairs qui vous
foudroient d’un coup, avec des petits cœurs qui volent de partout et plein d’électricité
dans l’air. Ouais, j’sais, j’peux être poète à mes heures, on me l’a déjà dit. Bon, à la réflexion, on me l’a jamais dit, mais passons.
Parce
que l’heure est grave, et, non, j'exagère pas. Avec la guerre, les soucoupes volantes, tout ça, le pays
il est dans un sale état, c’est marasme et compagnie. Tout juste si on trouve
une offre de boulot une fois tous les 7 ans. Non, j’exagère toujours pas ! Et pour
les vétérans comme moi, c’est encore plus difficile : on a bien mérité de la patrie, et maintenant, on est bon à jeter au rebut.
Du coup, quand j’ai
entendu parler du programme de pionniers et de la nouvelle frontière à
conquérir, j’y ai vu la chance de ma vie. Enfin, c’est ce que je croyais…

Et là,
c'est la déconfiture… je viens d’arriver à New Frontier, avec mes 1500 simoléons en
poche – toutes mes économies - et de découvrir Erehwon, mon terrain. Ca pour
être immense, c’est immense… de vide.
Non
mais à quoi ils pensaient les ronds de cuir qui ont pondu ce programme ???
Dans le bus qui m’a amené ici, j’en revenais pas de voir toutes ces belles
routes toutes bien goudronnées… et voilà que je me fais débarquer au bord de
ladite route, au milieu de nulle part, et que le chauffeur me balance goguenard
qu’on est arrivé ! "Bonne chance", qu’il m’a lancé, l’enflure.
Alors voilà… New Frontier c’est des routes, des panneaux de circulation à tous les
croisements… et RIEN de RIEN à part ça !
Vous
vous imaginez bien que j’ai voulu repartir aussi sec. Et ben, c’est là que j’ai lu
les petits caractères : une fois qu’on a signé, on est coincé, à moins de payer
5 millions de simoléons... Ben voyons, et pourquoi pas hypothéquer la vie de mes descendants sur 10 générations, tant qu’ils y sont, les comiques du gouvernement!

Mon
brave Ghédon, admire notre étendue de rien, ses routes goudronnées et ses
panneaux de circulation qui jalonnent notre horizon !
Que je
vous présente mon clebs : Armaghédon, mon fidèle compagnon, catastrophe sur pattes de son état. Il sait
rien faire et n’obéit jamais. Mais je lui dois la vie. J’ai été blessé par un
éclat de soucoupe volante, et, sans lui qui aboyait comme un goret, on m’aurait
jamais retrouvé. Je suis loin d’être sûr qu’il ait fait exprès, mais, depuis,
il m’a plus quitté. Faut dire que je le nourris, et Ghédon, la reconnaissance
du ventre, c’est son moteur.
Mon vieux père, on est coincé ici comme des couillons !
| Episode 2 : Des mirages et des cinglés >> |
2. Des mirages et des cinglés !

J’étais en train d’essayer d’expliquer à Ghédon qu’on n’abime pas le terrain vide qui est notre seul bien et qui ressemble bien assez à un terrain vague comme ça, quand j’ai vu se pointer un môme… un p’tit livreur de journaux, qui m’a déposé la « Gazette de New Frontier », la feuille de choux du coin. J’ai failli pas le remarquer, entre mon clebs idiot et cette vacherie de sable qui me pique les yeux sans arrêt.

« Salut gamin ! C’est NORMAL que tout ce qui y ait dans ce bled, ce soient des routes goudronnées dans le plus pur style amour de l’asphalte, des panneaux de circulation partout, un trottoir qui longe tout ça, une boîte aux lettres genre pavillon de banlieue, une grosse poubelle, vous le livreur de journeaux sorti de nulle part et QUE DALLE à part ça ??? »
« Ben…
c’est New Frontier, M’sieur. Les infrastructures, elles sont là, mises en place
par l’administration. Pour le reste, c’est votre affaire, M’sieur. Z’avez pas
lu tous les p’tits caractères de votre engagement ? Ca arrive... Vous devez être vert ! Le journal, il est
offert aux nouveaux arrivants. Enfin, si vous voulez, j’crache pas sur les
pourboires… moi si vous me demandez, j’rêve que de m’tirer de là, j’livre les
journaux pour me payer l’université. D’ailleurs, parlant de sous et de boulot, moi,
à votre place, j’me jetterais sur l’édition d’aujourd’hui, parce que c'est celle avec le supplément emploi, et vous connaissez le proverbe : une place ratée, sept ans de
chômage assurés. Mais faut qu’j’file, M’sieur, j’ai ma tournée à terminer
»
« Euh…
p’tit ! Tu sais pas euh… comment je peux me procurer… des
trucs ? »
« Cheapo
Discount M’sieur ! Regardez dans le journal ! Au r’voir
M’sieur ! »
J’ai
suivi les conseils du môme. J’ai trouvé une offre de plongeur qui tombait à
pic, j'ai littéralement plongé dessus. Oh ça va, un p'tit calembour a jamais tué personne, surtout dans ma situation. Figurez-vous que même pour Ghédon, j’ai trouvé quelque chose.
Dans le SHOW-BIZ !!! C’est la crise, personne a de boulot, mais pour mon
clébard, y a un taf de star presqu’aussi bien payé que moi… J’vais avoir du mal
à m’adapter à l’absurdité locale, moi…
Toute
aussi sortie de nulle part que mon livreur de journaux, y a une vieille bique qui
s’est pointée à côté de ma boîte aux lettres, qui, tout bien considéré, doit être ce que je possède actuellement de plus précieux, avec ma poubelle en seconde position. Forcément, Ghédon lui a grogné dessus.
V’là
t’y pas qu’elle se présente comme Tiphaine Moreau, présidente du club de
jardinage de New Frontier… le CLUB DE JARDINAGE ! Dans un truc où y a rien
que du sable et des routes goudronnées avec des panneaux de circulation !
J’crois que le soleil lui a tapé sur la tronche, à la vieille. Elle voit des mirages de partout, elle voulait inspecter mon jardin. Ca m’a fait flipper… J’me suis demandé si la route goudronnée pleine de panneaux et les visiteurs qui sortent de nulle part, c’en était pas aussi, des hallucinations. Manquerait plus que je vire cinglé coincé dans ce néant sans horizon.
Enfin, hallucinations ou pas, mais tout aussi sortis de nulle part que les autres, v’là trois clampins qu’ont débarqué pour me souhaiter la bienvenue, pendant que la vieille bique continuait à essayer de se faire mordre par Ghédon. Mes voisins, paraît-il.
En
fait, je dois avoir une sorte de problème de mirage inversé, la version
pour pessimiste quoi, parce que moi, je repère pas plus d’habitations que
de plantes à jardiner à des kilomètres à la ronde.
« Vous, vous êtes nouveau, ça se voit » m’a dit la brune perspicace. Brenda, qu’elle s’appelle.

Comme
je mourais d’envie de faire une bonne petite farce et qu’elle avait l’air joviale,
je lui ai fait mon bon vieux coup de la paluche électrique en lui disant que
j’étais enchanté. Ce que j’étais pour de vrai, en plus. Je faisais toujours un
tabac avec cette blague, au régiment. On s'en lasse pas normalement.

Ben... à la réflexion, joviale, elle l’est pas pour deux sous. Et enchantée par mon humour potache, encore moins. Elle m’a
illico poussé du doigt en me traitant de tous les noms, il a fallu que je
prenne beaucoup sur ma galanterie pour pas lui retourner le compliment.
Pfff, tu parles d’un comité d’accueil !

Enfin j’ai pas complètement perdu mon temps : j’ai découvert que le blondinet en short ridicule qui a jeté un ballon d’eau sur la blondinette (et après ça, ma blague de la paluche électrique est pas drôle !), c’est le représentant local de Cheapo Discount. Du coup, j’ai passé commande de suite. En tout cas, ça rassure sur le marché de l’emploi dans le coin : n’importe qui peut être VRP, c’est bon à savoir.

Cela
dit, je dois dire que Cheapo Discount, ils sont rapides à la livraison. Rapide,
ça, la mère Moreau elle l’est aussi… A peine le dos tourné qu’elle a cru bon
d’étrenner mon trône.
Parce que
vous croyiez que je l’insultais par simple goujaterie ? Vous me connaissez
mal : j’ai beau râler tout le temps, je suis pas mauvais bougre. Non, pour
me taper sur le système, faut me faire un truc. Et, oui, m’offrir ce spectacle,
c’est quand même me chercher les poux. C’est pas aussi traumatisant qu’un
alien qui vous ouvre le bide pour y fourrer ses oeufs à couver, mais quand même…
Enfin… elle a eu le mérite de détourner l’attention de ma misère. Sûr qu’avec 1500 §, c’est pas un décor de palace que j’ai pu me payer. M’enfin… les douches communes, ça me changera pas de l’armée. Et j’ai quand même pu me payer deux parpaings qui font paravent pour un semblant d’intimité. Un semblant relatif…

Avec
tout ça, j’en avais presque oublié mon pauvre Armaghédon, qui avait pourtant
pas démérité en grognements sur la vieille.
J’ai dû interrompre Blondinet entre deux coups de… bataille de polochons (ne me demandez pas de vous expliquer les us et coutumes locales, je suis toujours à me demander si c’est pas le cagnard qui me tape sur le ciboulot…) pour une nouvelle commande. Ca fait mal à la tirelire, mais mon toutou a sa gamelle pleine. Ca en fait au moins un de nous deux…

Après ça, j’ai eu un dilemme éducatif… Quand il a fait devant mon frigo, je me suis demandé s’il fallait que je le félicite de se soulager « dehors ». Vous auriez fait quoi, vous, à ma place ? Moi, j'me suis résolu à regarder les choses en face : je fais du camping sauvage sur terrain vague en plein désert…
Bon
mais assez parlé scato-scato… Quoique, j’vous
assure, vous seriez dans ma situation où dedans c'est dehors, les basses nécessités, vous verriez, ça
prend une toute autre dimension.

Enfin
bref… c’est en faisant disparaître à grand renfort d’eau de Javel toute trace
du passage de la mère Moreau que je me suis rendu compte que Ghédon était
couché… et que moi, j’avais un sérieux problème. C’est pas que dormir sur le
sol à la belle étoile me gêne, non, j’en ai vu d’autres, mais tout de même je
ne peux pas être cassé de partout pour mon premier jour de boulot demain.

Je me
suis repenché en détail sur le contrat de Cheapo Discount. Oui, oui, même les
petits caractères ! Et croyez moi, sans lumière, c’est pas de la tarte - surtout quand vous avez déjà les yeux qui piquent à cause du sable.
Toujours est-il que les petits caractères, il faut TOUJOURS les lire, parce que des fois, même si c'est surprenant, on y trouve des bonnes nouvelles aussi. J’ai découvert une
clause de désistement : j’ai la journée pour "changer d'avis" et me faire rembourser sans frais !
Alors je me suis dépêché de rattraper Blondinet qui partait et j’ai
échangé mon frigo pas franchement flambant neuf contre un lit pas confortable.

Ca m’a
foutu un coup au moral quand ils on embarqué le frigo, mais ça m’a remis du
baume au cœur d’avoir mon lit.

Première
nuit à Erehwon, vue imprenable sur ma grande terre de rien avec rien que les
étoiles au-dessus de ma tête et mon paravent de parpaings… Courage, Léo, courage !
| << Episode 1 : Non mais c'est quoi c't arnaque ? | Episode 3 : Au boulot Léo ! >> |
3. Au boulot Léo !
Dès mon
réveil, j’ai recontacté Cheapo Discount, et j’ai re-fait valoir mon droit au
changement d’avis. Ils ont vraiment maugréé et m'ont compté une décote sur le
lit ; j’ai protesté, mais ils m’ont rétorqué que m’étant fait livrer le lit la veille au soir, j’avais changé d’avis le lendemain, non le jour même de mon achat.
Sur ce, la
voiture pour Armaghédon est arrivée. Classe, la voiture. Et moi, j’angoissais
un peu : le show biz et mon chien, je pouvais deviner par avance que ça allait
pas bien se passer… D’ailleurs, c'est simple, ça s’est pas bien passé du tout.
Armaghédon
s’est fait virer et on me l’a ramené à la maison avant même que je parte moi-même au
boulot. Le producteur, un type qui se donne de grands airs alors qu’il
raccompagne un clebs, m’a expliqué l’histoire en deux mots et m’a gratifié d’un
« Monsieur Callus est hors de lui » avant de repartir avec son air
condescendant ridicule. J’ai pas tout saisi, et c’est pas mon pauvre chien qui
va me donner le fin mot de l’histoire, mais, apparemment, un sombre crétin du
nom de Franz Callus (note : penser à lui casser la gueule si je le
croise), qui fait je sais pas quoi dans la télé-réalité, un animateur soi-disant célèbre
– c’est pas que je rêve pas d’une télé, mais non, je ne sais pas, moi, qui
présente quelle émission débile à la télé ! – a fait croire je sais pas
quoi à mon chien, qui devait le suivre au lieu d’aller faire le figurant. Moi,
j’avais fait que lui répéter de bien faire son rôle de figurant, rien de plus,
rien de moins, alors mon chien, vous vous en doutez, il a pas suivi l’autre
Callus, il est resté à faire ce qu’il avait à faire.
Et bien dans le show-bizness, quand on fait son boulot, ça ne convient pas ! L’autre empaffé a piqué sa crise ou je sais pas quoi. Résultat des courses, Armaghédon aura tenu 2 heures et demie dans le show biz. Je caresse mon vieux copain, mais j’ai le bourdon… ce salaire était vraiment pas de trop, et là, ça m’étonnerait pas qu’on trouve quelque chose pour lui avant un bout de temps.
Enfin, pas
le temps de ressasser, à mon tour ! Z’avez vu, je pense toujours qu’à trouver mon grand amour 3 éclairs. Enfin là c’est pas le sujet…
Est-ce que
ça s’est mieux passé pour moi ? Pas franchement ! Un critique
culinaire à la noix s’est pointé au resto, et le chef Rémoulade a pété sa
durite parce que son sous-chef était déjà parti. Le type, il voulait des
macaronis ! Des macs & cheese ! Moi aussi je pourrais être
critique culinaire à ce tarif. Toujours est-il que je me suis dit que comme mon chien s’était fait virer à vouloir faire ce pour quoi il était engagé
et pas plus, j’allais accepter le zèle, vu comment le père Rémoulade il
craquait. Bon, j’ai raté les escargots qui ont cramé comme de juste… Enfin,
j’aurais aimé vous y voir, à suivre les ordres du père Rémoulade. Et puis le
gars, il voulait des macaronis de toute façon !
Enfin bref, dans cette histoire de fous, c’est une journée de paye qu’ils m’ont retenus ! Autrement dit, j’avais plus un sou en poche, nada, rien, 0 simoléons. Du coup, j’ai dit ma façon de penser au père Rémoulade. Finalement, j’ai été plutôt convainquant, il a admis que c’était pas ma faute. Au final, on s’est mis d’accord que j’allais pas continuer dans son restaurant, et il m’a pistonné pour être serveur au drive-in. Et vu le peuple qu’il y a à New Frontier, ça s’annonce plutôt relax. Donc au final, je suis rentré avec 500 simoléons, avec le dédommagement du père Rémoulade, et mon nouveau salaire.
Bon avec tout ça, j’étais pas très frais en rentrant. L’horreur ! Comment ça je vous ai pas expliqué en détail comment j’avais dit ma façon de penser au père Rémoulade ? Ben, tenez-vous le pour dit, faut pas chercher le Léo Pilgrim. Enfin, c’est de l’histoire ancienne maintenant, de toute façon, je ne travaille plus pour lui.
Autre
surprise, au drive-in, je suis tombé sur Magalie Perez, qui y bosse aussi. Mais si, vous voyez, la blondinette
de mon comité d’accueil, qui a l’air de se croire en villégiature avec sa
petite robe rose au milieu du désert. Vous la remettez pas ? Bon, à vrai dire, moi non plus au départ. C’est vrai qu’on n’a pas du tout eu le temps de faire
connaissance la veille...
M’enfin là
non plus, vous me direz. Il a fallu que je fasse re-re-valoir mon droit au
changement d’avis chez Cheapo Discount, pour pouvoir échanger mon frigo contre
un pieu. Ca m’a foutu un coup de bourdon pas possible, surtout qu’ils me l’ont
décoté en remarquant que je m’étais allègrement servi en sandwichs.
Magalie a
vu que j’étais pas trop dans mon assiette, alors elle s’est éclipsée. Enfin,
non sans avoir nettoyé la gamelle de Ghédon qui lui a réclamé à bouffer. Je
prends bonne note : maniaque et discrète, c’est de la bonne femme
d’intérieur en puissance, ça – enfin, « intérieur », on se comprend.
Quoi, gros macho ?
C’est pas ça, non… La vie de pionniers étant, ben, ce qu’elle est, il me faut
une femme courageuse qui a pas peur de se retrousser les manches. Et puis, faut
bien que je me penche sur sa beauté intérieure, parce que, bon, Magalie, faut
que je reconnaisse, c’est pas trop mon genre. Moi, c’est plutôt les panthères
mon style.
D’ailleurs,
parlant de ça, j’vous raconte pas ma tronche quand j’ai vu la super pépé qui
est passée devant chez moi aujourd’hui quand j’étais au turbin à faire cramer
des escargots qui avaient mal dégorgé…
Hein ?
Oui, comment j’ai des images de ce qui se passe en mon absence ? Je sais
que c’est un peu ridicule quand on peut seulement se payer un lit OU un frigo,
mais c’est un truc que j’ai gardé de l’armée. Un gadget, une micro caméra de
surveillance. Je le revendrais bien pour pouvoir me payer des murs, mais j’ai
pas vraiment de contact avec le marché noir, et c’est pas Cheapo Discount qui
va me le reprendre à sa juste valeur. Alors, je me garde mon joujou
technologique en attendant, et faut dire qu’il sert.
Ca, c'est une femme, une vraie !
| << Episode 2 : Des mirages et des cinglés | Episode 4 : Le cagnard, ça tape sur le système. Mais moins que les visiteurs. >> |
4. Le cagnard, ça tape sur le système. Mais moins que les visiteurs.
Tous les
matins, c’est levé avant l’aube : un mélange d’habitude de la discipline de
l’armée et d’inconfort profond, entre le lit à découvert et les aboiements.
Je dois
avoir trop bon cœur, au fond, parce que je peux pas m’empêcher d'être sympa avec les
clébards errants, même quand ils me tirent du plumard avant poltron-minet. M’enfin
y a que des demi-portions dans le coin, genre toutou à sa mémère qu'est morte sans héritiers et maintenant son demi-chien erre dans le désert. Mon pauvre
Ghédon, on n’est pas prêt de trouver une copine, toi et moi…
Non mais Ghédon, oh, t'es pas bien ! Arrête ça tout de suite, ils vont jamais me le reprendre le plumard chez Cheapo Discount !!!!
Mais c'est pas possible !!!
Quand j'ai vu que j'avais du courrier, j'étais tout guilleret. Enfin, j'avoue, c'est surtout quand j'ai vu la factrice...
Mais tu parles, elle avait pas le temps de discuter, et tout ce qu'elle m'avait apporté en guise de garantie qu'on pense encore à moi, c'était la facture de chez Cheapo Discount. 78 simoléons, la vache ! Clairement, ils apprécient très moyennement l'exercice multiple de mon droit au changement d'avis.
J'ai quand même été obligé de leur refaire le coup du plumard, pas le choix. J'ose pas imaginer s'ils se rendent compte que les clebs l'ont massacré... Surtout que je suis en congés forcés, ce qui est loin d'arranger mes affaires niveau finances, mais je n'ai pas assez d'ancienneté pour pouvoir choisir mon planning au drive-in où personne ne passe jamais. Du coup, sans bagnole et sans un rond, je suis complètement coincé ici avec mes deux parpaings et mon chien. Enfin, ça va me permettre de pas rater de visiteuses, des fois que la superbe panthère de l'autre jour repasserait devant chez moi par le plus beau des hasards...
Enfin... mon enthousiasme est retombé comme un soufflé raté quand j'ai eu droit aux tribulations de la petite livreuse de journaux...
"Vous êtes un vétéran, à ce qu'on m'a dit ? Moi, la guerre, je trouve ça tout nul. Et puis les aliens, ils nous voulaient pas de mal. C'est trop naze de leur avoir fait la guerre, j'veux dire, c'est super intolérant quoi !"
"Mais ne vas pas parler de ce que tu connais pas, petite crétine ! Allez, barrez-vous, toi, tes 15 ans et tes peace & love à la gomme!"
J'ai bien peur de plus avoir mon journal tous les jours. M'enfin, je t'en ficherais, moi, des opinions politiques gratuites de boutonneuse. Si j'avais eu 500 simoléons à claquer, je lui aurais mécenné, moi, son départ à l'université, qu'elle aille refaire le monde avec d'autres pingouins dans son genre. Vous trouvez que j'abuse à m'en prendre comme ça à une gamine ? C'est que vous vous rendez pas compte : pour nous, les vétérans de la guerre des zarbmondes, c'est tout le temps comme ça. Les aliens ils sont tous gentils, le vert c'est la couleur de l'espoir, je veux un télescope pour Noël, bla bla bla... des comme ça, j'y ai droit tous les jours.
M'enfin pas le temps de m'appesantir, on va encore dire que j'ai un caractère de cochon. Et puis les visiteurs se succèdent dans ce désert, un vrai défilé de carnaval.
Ca,
elle était pas piquée des hannetons, ma visiteuse suivante ! Une
diseuse de bonne aventure, avec tout l’attirail et l’accoutrement pour attirer
le gogo.
« Non,
ne dites rien ! Je peux dire que vous êtes récemment arrivé ici, prêt à faire de
nouvelles rencontres, jeune homme ». Bravo l’extralucidité. Surtout que
les nouveaux colons, j’imagine que ça arrive pas par convois entiers.
"La première consultation des oracles de la boule de cristal est gratuite".
Ben allons-y, un peu de distraction, ça me fera pas de mal... Jouer à "va chercher bon chien" avec Ghédon, ça va 5 minutes : il sait pas rapporter.
Forcément, elle m'a prédit un avenir radieux, dès que les quelques nuages qui obscurcissent encore ma destinée se seront dissipés. Bonimenteur, ça a pas l'air bien difficile non plus, dans le coin. Quoique, j'ai gentiment décliné la deuxième consultation payante et la poudre de perlimpinpin qu'elle essayait de me refourguer. Au moins, je m'améliore niveau relation humaine. En voilà une qui est pas partie furax.
Quoique... j'ai eu le triomphe un peu trop rapide. Encore un "voisin" qui est venu satisfaire sa curiosité. A croire qu'ils ont annoncé la venue d'un nouveau gogo de colon dans la gazette locale, parce que lui aussi avait ma biographie complète. Et lui aussi souhaitait me gratifier de son avis qu'on lui a pas demandé sur le règlement "juste" de la guerre des zarbmondes.
Forcément,
ça a dégénéré rapido. Ils me cherchent aussi, les locaux, à tous me rabattre le
système avec leurs amis les petits bonshommes verts. Si ça continue, je vais me
faire une réputation de gars mal embouché, alors qu’ils viennent m'échauffer les oreilles
sans que je demande rien. La preuve : même pas le temps de prendre ma douche, avec ce
défilé de zozos qui veulent tous parler de cette guerre dont moi je ne veux
plus jamais parler.
Du coup, j'ai décidé de vaquer à mes petites occupations. Je me suis arrangé avec Cheapo Discount, ils m'ont prêté un lecteur de K7. Ils m'ont dit que j'avais pas besoin de le payer si je le ramenais avant 3 heures. Moi, au départ, j'ai trouvé ça sympa de me faire confiance. En fait, ils m'ont dit qu'ils en avaient marre de faire de la paperasse pour gérer tous mes "changements d'avis", et qu'ils savaient de toute façon que je reviendrai si je voulais un lit pour la nuit. Prends ça dans ta dignité, Léo Pilgrim !
Enfin, je vais pas cracher dans la soupe, le "prêt" m'a permis de me décrasser un peu pour entretenir mes muscles. Parce que si je veux pas virer décapé du ciboulot, faut que je sois au top de ma forme. L'environnement est pas franchement propice à la santé mentale à part ça, si vous voyez de quoi je veux parler.
Dans la famille cinglés locaux, je demande le bouffon ! Pour une raison obscure, le "voisin" a décidé de s'incruster malgré notre absence manifeste d'atomes crochus. Comme si ça suffisait pas, il m'a fait une démonstration des danses à la mode dans le coin... ça m'a pas franchement donné envie de m'intégrer. Ôte toi de mes ondes et de mon soleil, boulet !
En prime, l'empaffé s'est permis de se plaindre de l'odeur de Ghédon. Mais qui lui a demandé de rester, je vous le demande ?!? Bon, à vrai dire, il a pas tout à fait tort concernant mon clebs : Armaghédon pue comme c'est pas permis. Je veille à son moral, mais je crains comme pas possible qu'il s'enfuie de désespoir si j'arrive pas à acheter une baignoire rapidement.
Enfin
débarrassé de l’importun, j’ai ramené le lecteur de K7 chez Cheapo Discount
dans les délais. Je leur ai annoncé que je gardais définitivement le frigo. A
chaque fois que je faisais un échange, j’en étais tout déprimé. Et me faire
vanner cette après-midi sur mes changements d’avis, ça m’a achevé. Alors c’est
fini ce cirque… Par contre, tout ce que je peux me payer, c’est un fauteuil
pour dormir. Mais il est à moi. C'est ça d'ôté à mon confort, qui était déjà pas mirobolant, mais c'est ça de pris pour ma fierté.
Bon, mais faut quand même que j'avoue que c’est
loin d’être le pied, la sieste sous le cagnard qui fait ressortir les effluves
de mon chien. Pauvre clebs…
Enfin, ce qui m’a tiré de mon plumard de fortune était pas désagréable… Au départ, du moins. La minette s’appelle Zoé, un p’tit lot comme je les aime. Malheureusement pour moi, j’ai cru bon de lui raconter la mésaventure d’Armaghédon avec l’autre empaffé de la télé-réalité, le Callus. Je dois être maudit, il se trouve qu’elle le connaît… un ami à elle. Bravo Léo, roi de la boulette ! Résultat des courses, ça a dégénéré en moins de deux, elle m'a poussé du doigt et tout et tout et j'ai encore agravé les choses en essayant de lui faire un compliment qu'elle a pris pour de l'ironie. Y’a pas à dire, je m’y prends vraiment comme un manche avec les nanas.
J’étais
presque content qu’un hurluberlu en kilt passe par là pour faire diversion…
Je m’inquiète
quand même un peu : soit je suis entouré de barrés de la casquette, soit
je me mets à voir des mirages comme la mère Moreau. Un gars en kilt dans le
désert, avouez que ça ressemble quand même fort à un truc tout droit sorti de mon imagination, non ?
M’enfin il
est pas mauvais bougre, l’extravagant en kilt. Allumé, oui, mais pas méchant.
Par contre, la Zoé, elle est complètement folle à lier ! Elle s’est mise à
parler avec un loup, ou un coyote, je sais pas trop faire la différence. Enfin,
une dangereuse bête sauvage quoi. Qui après ça est restée à squatter sur mon
terrain !
Avant même
que j’ai eu le temps de chasser folle et coyote, il avait dévoré la
gamelle de mon pauvre puant de Ghédon, qui dormait du sommeil du juste sans se
douter de rien. Sans compte qu’il a creusé un énorme trou dans mon terrain, et
que ça a été pour ma pomme de me taper le rebouchage.
Bon allez,
au lit… enfin au fauteuil. Demain est un autre jour, que j'espère quand même un peu meilleur.
| <<Episode 3 : Au boulot Léo ! | Episode 5 : Faire son trou vaut mieux que creuser sa tombe >> |
5. Faire son trou vaut mieux que creuser sa tombe
Le temps passe et je commence à me faire aux coutumes des autochtones, et réciproquement. J’ai mis en place un petit spectacle d’art de la rue qui fait fureur dans le coin, je me fais plus de pourboires qu’au drive-in et ça arrondit les fins de mois difficiles.
Hein ? Quoi, je fais la manche ? Si vous voulez tout voir en noir, c'est votre affaire... Moi, j'ai pas le loisir d'être pessimiste.
Faut bien
que je reconnaisse que, professionnellement, je stagne en eaux troubles. Quand
je rentre du boulot, je suis tellement épuisé que je m’écroule généralement
dans mon fauteuil sans même prendre le temps d’enlever mon tablier.
Et encore…
quand c’est dans le fauteuil que j’arrive à m’écrouler, c’est que c’est plutôt
un bon jour, si vous voyez ce que je veux dire…
Résultat,
je suis crevé quand je pars bosser, et je suis encore plus mort en revenant… Et
entre les deux, je suis loin d’être au mieux de ma forme. Il m’est arrivé une
sale mésaventure avec Mimi Rapat-Sité. Vous connaissez pas ? On voit que
vous êtes pas du coin ! Les Rapat-Sité, c’est une famille hyper riche des
environs. Des profiteurs de guerre, si vous voulez mon avis qu’on me demande
pas, mais passons… Bref, la sale gosse, elle s’est pointée avec ses potes
m’as-tu-vu au drive-in, et ils ont commandé une tonne de trucs à bouffer. Vous
imaginez, forcément, je les ai servis. Je pensais même bien faire, à être aux
petits oignons avec les gosses de notables. Je vous raconte pas ma tronche
quand, en faisant ma caisse, je me suis rendu compte que je m’étais fait
refiler des faux biftons. Magalie Perez m’a expliqué après coup qu’on murmure
dans le coin que les Rapat-Sité, ils ont leurs coffres pleins de faux simoléons
qu’ils fabriquent avec une machine à faux biftons, même que ça serait la base
et de leur fortune, et de l’inflation qui ravage l’économie et qui fait que
c’est si dur de trouver du boulot. Forcément, moi, tout ça, je pouvais pas le
deviner si on me mettait pas au parfum… Mais le manager, lui, il l’a pas
entendu de cette oreille. J’ai dû tout payer de ma poche et offrir le gueuleton
de ces sales gosses de riche. Et moi, pendant ce temps, j’ai rien de rien dans
mon terrain vide de vide.
Le problème, c’est que du coup j’ai pas les moyens de m’acheter le chevalet qui me permettrait de booster ma créativité pour espérer progresser, et que je stagne à faire ce taf mal payé pour lequel je ne suis manifestement pas fait, et où je me tape des retenues de salaire bien corsées… Le serpent qui se mord la queue…
Ajoutez à
ça les factures, les rappels de facture et les rappels de rappels qui
s’accumulent… A part les contempler en me disant que je peux pas les payer, je
peux malheureusement pas faire grand-chose. Je me demande combien de temps
Cheapo Discount va continuer à m’harceler, alors que j’ai cessé de jouer à
l’andouille avec leurs conditions de ventes – 78§, pour quelqu’un qui possède
en tout et pour tout deux parpaings, un fauteuil en guise de lit, une douche et
un WC, faut pas pousser mémé dans les orties ! Et me parlez pas de la
facture d’électricité alors que j’ai pas de lampes!
Ah lui, là, c’est Abdel. C’est mon pote.
C’est un
vétéran aussi, et on s’est découvert pleins de points communs, ça a tout de
suite collé.
Ca fait du
bien, quand même, de savoir qu’on est pas le seul à se retrouver seul avec deux
parpaings à se prendre la flotte sur la tronche en dormant à la belle étoile.
Et puis de
pas être le seul ici à être plongé dans la misère affective la plus totale…
Enfin, faut que j'arrête de me plaindre tout le temps. A force d'économiser simoléon par simoléon, j'ai enfin pu me payer un lit, un vrai. Le bon côté de la misère, s'il y en a un (ce dont je doute quand même un peu, mais en ce moment je positive), c'est qu'un achat complètement banal en apparence prend tout de suite des airs de cadeau de luxe. Ca, et qu'elle est moins pénible au soleil, même si je ne dirais pas non à un toît.
Et niveau
nana aussi, j’ai quelques espoirs de voir le bout de ma traversée du désert.
Elle, c’est Christine. Hyper entreprenante, elle m’a directement parlé de nos
lèvres brûlantes sur le sable chaud. Enfin un truc dans le style, j'avoue qu'elle m'a un peu pris au dépourvu, j'émergeais à peine un matin, encore en caleçon. C'est peut-être ça d'ailleurs qui l'a mise dans un tel état.
Pour tout
vous dire, son enthousiasme débordant pour ma personne m’aurait presque fait un
peu peur. M’enfin, je ne suis qu’un homme perdu au milieu du désert, j’allais
quand même pas rater l'occasion qui fait le larron, ni lui avouer que la
réciproque n’était pas forcément vraie. Sans compter que j’avais bien envie,
moi, d’inviter une nana en rencart. Alors une qu'est pas regardante sur
les conditions dudit rencart, vous pensez.
Notez, il a pas duré longtemps, le rendez-vous: c’était l’heure de partir au boulot, et j’ai dû planter Christine. Ca, je pense quand même que ça l’a refroidie.
De retour dans mes pénates, je me suis donc retrouvé tout seul une fois de plus, avec comme comité d’accueil un coyote pique-assiette professionnel occupé à se servir dans la gamelle de mon Ghédon penaud, qui avait pour seule consolation de constater qu’il n’est pas seul à sentir le fauve. Et de magnifiques mauvaises herbes pour faire plaisir à la mère Moreau…
Avouez que ça a quand même de quoi coller un bourdon du tonnerre, un campement pareil en guise de home sweet home. Sans compter que si toute la gente canine et lupine des environs continue à prendre la gamelle d’Armaghédon pour un self-service, je vais y laisser toutes les maigres économies que j’essaie de faire pour pouvoir acheter des parpaings qui me permettraient au moins de faire une cabane fermée.
Le coyote chassé, je savais vraiment pas quoi faire. Alors j'ai fait un avion avec le journal, et j'ai fait une reconstitution de la bataille aéro-soucoupe-volantesque de la bataille de Simograd. J'y suis pas vraiment arrivé, et puis je me suis rendu compte que j'avais pas fait les mots croisés ni regardé la météo avant de faire mon avion, alors je me suis senti bien bête, et j'ai préféré me coucher.
Mais alors figurez-vous que vers 1 heure du matin, j'ai été tiré de mon sommeil par une galante visite surprise. Ou une surprenante visite galante, j'avais pas encore bien décidé à ce moment-là. C'etait Christine qui revenait à la charge : elle peut plus se passer de moi. Moi, un peu pris de cours et, encore une fois, pas franchement dans une situation qui permet de cracher sur la seule nana qui s'intéresse à moi, je lui ai proposé de rester.
Comme on avait tous les deux très envie de danser, j’ai encore « emprunté » le lecteur de K7 de Cheapo Discount. Toujours pas les moyens de le garder...
Elle a pas arrêté de me dire que c'était top et qu'elle avait trop hâte de me revoir en partant, ce qui, quand on voit mes moyens (matériels, hein, pas physiques), relève de l'exploit. Ou alors, il lui faut vraiment pas grand-chose, mais je préfère me dire que c'est moi qui assure. La classe, c'est qu'en plus le rendez-vous s'est déroulé en tout bien tout honneur, puisqu'au fond elle ne me plait pas du tout.
C’est une brave fille, notez. Elle s’est pas offusquée que
je lui demande de "m'aider" à nettoyer mon campement et elle
l’a fait avec le sourire. Bon, le seul truc à nettoyer, c’était mon avion de la
reconstitution de la bataille de Simograd. C’est dommage, parce qu’au fond
c’était ma seule source de distraction. Il va falloir que je me penche sur les
contradictions de mes désirs et de mes craintes… Actuellement, par exemple, je crains que
Ghédon s’enfuie de la baignoire. Au fond, c’est absurde, puisque je ne peux pas
me payer de baignoire.
J'ai un peu peur quand même qu'on se soit quitté sur un malentendu... Elle m’a un peu pris au débotté en me faisant un bisou pour me souhaiter bonne nuit, ou ce qu'il en restait. Oh, juste un petit bisou innocent que j'ai accepté avec plaisir, entre ma fierté d'avoir réussi ce rencart malgré ma misère totale et mon état avancé de détresse affective, moi qui n'ai que Ghédon à qui faire des câlins, c'est vous dire. Ben... à la réflexion, j'ai peur qu'elle y ait vu plus, vu comment elle s'est tortillée dans tous les sens comme si elle allait s'évanouir. Ca m'embêterait bien, quand même, parce que, de mon côté, je préfèrerais qu'on soit simplement amis, pour le dire gentiment.
Mes soupçons se sont confirmés le lendemain quand j'ai trouvé une rose avec un petit mot tout enflammé d'amour qui n'est pas réciproque. En fait, je dois dire que maintenant, Christine et son enthousiasme me font carrément peur : sa lettre d'amour, c'était à la limite de la demande en mariage, avec suppliques que je la rappelle et tout et tout. Bon, au moins, j'ai pu revendre le soliflore pour 15§, c'est toujours ça de pris. Non, je ne suis ni un salaud, ni un gigolo en puissance ! Je suis juste pauvre et pas amoureux, c'est pas pareil. Et puis quoi ? C'est pas parce que je suis moi-même désespéré du câlin que je vais profiter de la première désespérée venue. C'est dingue ça! Faut toujours que j'ai l'air d'avoir le mauvais rôle ! J'agis en gentleman au fond !
Pour couronner le tout, j'ai trouvé la poubelle renversée. Ca, c'est un coup de Zoé la folle, qui est toujours coincée en mode furie depuis que j'ai dit du mal de son pote Franz Callus et qu'on en est venu au poussage de doigts. Elle est vraiment marteau, celle-là.
Enfin je vais pas me laisser gâcher la vie par cette frappadingue, d'autant moins que j'ai enfin eu assez d'argent pour "emprunter" un chevalet chez Cheapo Discount. Malheureusement pour moi, je me suis assez mal débrouillé: j'ai pris plus de temps que prévu pour faire mon dessin (j'me suis appliqué, aussi), du coup ils m'ont compté une décote sur le chevalet quand je l'ai rapporté, et, de toute évidence, mon talent n'est pas reconnu : j'ai pu tirer 4 malheureux simoléons seulement de ma jolie peinture. C'est même pas le prix de la toile et des couleurs !
Bon, la bonne nouvelle, c'est que j'ai quand même bien boosté ma créativité, et peux donc espérer une promotion.
La deuxième bonne nouvelle, c'est que j'ai entendu dire qu'il y aurait peut-être bien un supplément emploi dans l'édition de demain de la Gazette de New Frontier.
Et la troisième bonne nouvelle (après c'est fini, j'en ai plus), c'est que j'ai eu assez de sous pour me payer trois parpaings de plus. Ils sont à moi, c'est définitif ! J'ai une moitié de chambre ! Wouhou !
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02 sept. 07
6. Rempiler, c'est bon pour la santé
Ce joli matin ensoleillé, je me suis littéralement jeté sur le journal... et la rumeur qui courait était fondée : y'avait un supplément boulot !
Pour Ghédon, j’ai sauté de joie en voyant qu’il y avait du
boulot dans les forces. Ca lui correspondra bien mieux que le show biz et ses Callus de malheur. Quant à moi, ben… vous devinerez jamais : j’ai
rempilé. Recrue, bis. La guerre des zarbmondes est finie, à part ça… tu parles, l'armée recrute par régiments entiers ! C'est simple, dans le supplément emploi, il n'y avait QUE des offres de recrue.
C’est vraiment sans
regret que j’abandonne ma place au drive-in, et tant pis pour la promotion longtemps promise dont j'ai jamais vu la couleur. Dans l’armée, au moins, c’est des vrais salaires, pas des pourliches de misère et des retenues de salaire délirantes pour payer les pots cassés des caprices d'enfant gâtée de Mimi Rapat-Sité.
Le boulot, en plus, je le connais : je me rêve déjà riche officier ! La classe !
Tout ça ressemblerait presque à une bonne journée. Sauf que niveau nana, c’est toujours aussi aride et désertique que le paysage.
Aujourd’hui, j’ai rencontré Capucine Laroche, un nom un peu précieux, mais pas celui d’une lady.
Rien qu'une nympho à la dérive qui a apporté la nuit avec elle. Moi, les filles qui commencent par m'expliquer qu'elles veulent me couvrir de baisers même pas langoureux, j'ai donné avec Christine, on ne m'y reprendra plus à tomber dans le panneau de l'appel des sens.
A part ça, une conversation à donner des envies de suicide aux mouches ! J'en baillais d'ennui !
Mais c’est pas possible, le gouvernement, ils ont donné des terres qu’aux gonzesses dont personne voulait, et ils se sont dits que les hommes finiraient bien par craquer sous le poids de la solitude !
De toute façon, je lui plais pas non plus finalement, l'affaire est réglée. Allez, deg deg la moche ! Pas le temps de le perdre, demain matin, c'est lever à l'aube pour la recrue Pilgrim.
J'y suis retourné d'un pas alerte, moi, reprendre du service. Avec mes faits de guerre, je suis certain de pas rester recrue longtemps.
... et voilà le travail ! Unité d'élite Pilgrim ! J'ai le triomphe modeste en apparence, mais j'en pense pas moins, croyez-moi !
Surtout que ça a apporté son lot de confort et de réconfort, la prime de réintégration qui m'a été généreusement octroyée. J'ai ENFIN pu me payer une baignoire et laver Armaghédon. Ca a été le concert de soupirs de soulagement. Moi j'en pouvais plus de voir mon vieux pote se traîner dans sa crasse et pleurer pour réclamer un bon bain, et lui, n'en parlons pas, un clebs si gentil quand on le sait bien le prendre, ça lui faisait mal au coeur de soulever des hauts le coeur dans tout le voisinage.
Au départ, j'avais prévu de faire valoir la clause Cheapo Discount pour la baignoire. Mais finalement, une fois Ghédon lavé, j'ai plus eu qu'une envie en tête : fêter la promotion de l'unité d'élite Pilgrim dans un bon bain moussant. Du coup, la baignoire, je la garde. Dans l'armée, je peux que monter, et je vais pas me priver d'un petit plaisir quotidien pareil. Vaut mieux ça que de filer rencard à des barrées de la tête qui s'amourachent de vous alors qu'elles vous plaisent pas et vous harcèlent après.
Pendant que je m'extasiais dans mes bulles, les premiers flocons sont tombés. C'était tout joli. Me demandez pas par contre de vous expliquer pourquoi il neige en plein désert, on m'avait prévenu mais j'avais pas voulu le croire tant que je l'avais pas vu de mes yeux.
Enfin tout ça, c'est pas grave, parce que l'unité d'élite Pilgrim a un sens du timing impeccable : ma cabane est finie, et je me suis même monté une toiture qui m'évitera de mourir de froid ! C'est Byzance !
Enfin là où c'est toujours pas Byzance, c'est, vous l'aurez deviné, toujour côté nana. Les cruches se suivent et se ressemblent, et c'est de pire en pire.
Ma passante égarée du jour s'appelait ne-me-demandez-plus-comment. Elle croyait qu'il y avait des Boeing à Simograd... une vraie blonde de compétition. Mais alors là où j'ai tiqué, c'est quand elle m'a affirmé qu'elle l'avait entendu en cours. Etudiante ? Non, lycéenne ! Bon ben c'est pas tout ça, mais j'ai un truc sur le feu, hein. C'est pas maintenant que ma vie s'arrange que je vais me coller des problèmes de détournement de mineure sur le dos !
Pffff... des Boeings à Simograd... M'étonnerait qu'elle décroche son bac de sitôt, la petite !
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7. Ah l'air pollué de la ville, ça fait du bien !
Aujourd'hui est un grand jour, à marquer d'une pierre blanche. L'installateur de Sim Télécom est venu : ça y est, j'ai le téléphone ! D'ailleurs, me demandez pas comment elle a eu mon numéro, mais Christine m'a appelé quasi instantanément pour savoir si j'avais pas été enlevé par des extra-terrestres et prendre de mes nouvelles. Manquerait plus qu'elle me porte la guigne à parler de malheur et que je me retrouve à incuber d'un alien vert.
Enfin assez de râleries pour aujourd'hui : qui dit téléphone dit tout un nouveau monde qui s'offre à moi. Je peux demander leur téléphone aux nanas qui me branchent, commander des pizzas, et, surtout, surtout, appeler un taxi. Et qui dit taxi dit... sortir d'Erehwon, ENFIN !
2h30 de route, quand même (je vous raconte pas le prix de la course) pour, enfin, rejoindre la civilisation.
Première étape : les magasins ! C'est une envie qui me taraude depuis un bout de temps, me payer des nouvelles fringues. J'ai déniché un costume sympa, un truc qui fait rassurant, épaule forte et solide à la fois. Bien sûr, un peu plus tard, ça n'a été que pour mieux me rendre compte que j'avais flamblé 200§ sans plus avoir de quoi payer une armoire où ranger mon nouveau costard, mais passons...
Il faut dire que j’ai aussi acheté un portable. Ca a été un
truc de l’instant : je pouvais appeler personne des cabines ! Ce
ne sont pas de vraies cabines, c’est des bornes à taxi, la compagnie de tacots
a un espèce de monopole, un truc obscur qui fleure pots-de-vin et compagnie.
Cela dit, les boutiques, je me suis pas attardé... A peine ai-je remarqué une jolie petite brunette comme je les aime que je me suis aperçu que c'était ENCORE une lycéenne bonne qu'à vous offrir un aller simple pour la taule si vous posez la main dessus. Faudrait leur dire, aux ados, d'arrêter de prêter à confusion comme ça. Si j'ai une fille, elle s'habillera pas comme ça, c'est dit.
Enfin ce qui m'a vraiment fait fuir, c'est de découvrir que la mère Moreau était de sortie aussi. Si seulement elle pouvait se mettre au vert loin de New Frontier d'ailleurs, personne lui en voudrait. Normalement, là, vous me voyez pas, parce que je suis caché derrière le bigophone le temps que mon tacot arrive pour éviter qu'elle me repère. Ouf, ça a marché.
Je suis allé au parc, en me disant que je pouvais joindre l'agréable à l'utile en pêchant un peu. Parce qu'à la maison, le frigo est vide, et avec mon pactole, c'était ou cette sortie, ou remplir le frigo. Heureusement, j'arrive encore à classer correctement mes priorités !
Mais alors là, sacrée déconfiture. Non seulement la mère Moreau m'avait suivi à la trace, mais alors que je repère une jolie petite brune, qui c'est que je repère pas du tout justement ? Christine et son jogging ! C'est pas possible, elle se sont passé le mot !
Faudrait pas me voir comme un lâche (même si, avec une once d’honnêteté, je dois bien reconnaître que si je manquais pas un peu, disons, pas de courage, mais de témérité, je serais peut-être pas rentré vivant de la guerre), enfin je me suis planqué et j’ai réussi à éviter Christine. Je me suis accroché à un Papy sympathique qui passait par là, et j'ai fait comme si je l'avais pas vu. C'est naze, mais efficace.
Après ça, je sais pas si c'est la caféine que je venais de m'envoyer dans le système et qui me faisait trembler pire qu'un parkinsonien en stade terminal ou bien le stress de savoir Christine occupée à rôder dans les parages prête à m'harponner, mais j'ai un peu fait n'importe quoi. Je voulais demander à la jolie brune que j'avais repérée si je lui plaisais, au lieu de ça, j'ai tourné la tête et j'ai posé la question à un pékin qui passait par là. J'étais honoré de savoir qu'il me trouvait tout à fait à son goût, mais j'ai quand même essayé de lever le malentendu. Le temps que je me dépatouille de ma propre embrouille, la jolie brune avait disparu, Christine rôdait toujours dans le coin sans que je puisse continuer longtemps à faire semblant de pas l'avoir vue, alors j'ai mis les voiles. Et comme un crétin, j'ai oublié de ramasser un poisson au milieu de ce fiasco. Au moins je me suis fait déborder de caféine, je peux tenir jusqu'à l'aube.
Entre le costume que je saurai même pas où ranger, le portable pour rester mobile et les cafés, j’étais fauché comme les blés une fois de plus… alors pas question de draguer dignement tant que je n’aurais pas quelques sous en poche. Arrivé au PURE, une boîte pas très branchée, mais c'était les seuls à bien vouloir de mes services, j'ai fait le DJ pendant les premières heures de la soirée. Notez, c'était doublement un bon plan, ça m'a laissé le temps d'observer les habitués. Enfin les habituéEs.
Après un petit tour dans le jacuzzi qui m'a mis de bien bonne humeur, j'ai osé abordé une nana qui m'avait tapé dans l'oeil. Elle s'appelle Christiane, elle est jolie comme un coeur, et sacrément futée : chargée de recherche dans un laboratoire ou quelque chose comme ça, enfin un truc qui rigole pas. Et qui gagne apparemment, parce qu'elle a pas arrêté de parler de "combien elle faisait" à ce poste.
Alors que la boîte fermait, je lui ai proposé de prolonger par un petit resto avec moi. J'ai présenté le rencart comme une after, je me suis dit que j'aurais l'air plus branché aux yeux de cette citadine. Bon, j'ai pas pu l'emmener dans un truc grand luxe, mais c'était sympatoche. Quoique ce doive être la seule cafétéria qui ne sert pas de café, mais passons ce détail.
J'ai bien peur par contre qu'on ait pas grand chose en commun. Quand je lui ai parlé du bonheur que j'avais avec mon chien (au passage, c’est la dernière fois que j’emmène Ghédon avec moi en ville ; j’ai voulu utiliser mon pauvre toutou pour en faire un aimant à nanas, mais il a crevé la dalle tout le long de ma virée, et moi j’ai passé tout mon rencart à lui balancer des boulettes de jambon pour qu’il se requinque), elle m'a regardé comme un paysan qui sortait tout droit de son tas de fumier. Les animaux, c'est pas du tout son truc. Paraît qu'elle est allergique. Je me vois mal me séparer d'Armaghédon pour lui éviter de renifler.
Et puis, comment dire... je crains d'avoir -encore- fait naître un malentendu. Les rencarts, faut vraiment que je m'améliore.
Comprenez, entre la nuit à danser et le verre de rouge qui accompagnait ma maigre salade (Christiane en voulait une parce qu'elle est au régime, et moi j'ai pas voulu passer pour un porc en commandant des cotelettes), j'étais un peu pompette, et j'ai fanfaronné sur les rivières de diamant dont je la couvrirais. Au conditionnel. Mais le malentendu, c'est que quand on le dit comme ça à voix haute, on entend pas la différence avec le futur. Là, y'a pas à dire, j'ai retenu son attention... Elle voulait même les détails sur le nombre de carats...
… Le problème, c’est que, vous qui savez comment je vis, j’ai pas besoin de vous faire un dessin du château en Espagne que je lui ai vendu… version promoteur immobilier verreux.
Du coup, même si j'ai bien vu qu'elle était totalement sous le charme, j'hésite à la rappeler. Parce que je vois gros comme une maison que si elle voit Erehwon, elle repartira aussi sec, voire me poussera du doigt ou renversera ma poubelle avec Zoé.
Je dois quand même avouer que j'ai été un peu vexé aussi. Moi, pendant tout le rencart, j'ai pensé qu'à lui faire plaisir, mais elle, elle m'a bassiné avec les moyens de tirer profit de la récession, et j'ai bien vu qu'elle pensait aussi à d'autres trucs, genre comment elle allait gagner des sous et tout ça. Comme si je valais pas mieux que 100 simoléons ! Les femmes matérialistes, à vrai dire, ça me fait un peu peur : moi, le matérialisme, j'en ai pas les moyens.
Sur ce, entre Ghédon qui mourait de faim et moi qui tombait de fatigue, on est rentré à la maison. J'ai roupillé un peu dans le tacot, ça a fait passer le trajet.
M'en fiche, si je trouve pas l'âme soeur, je prendrai des bains moussants jusqu'à la fin de ma vie.
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8. Transi !
Pendant que je parachève ma reconstitution de la bataille de Simograd qui devient un vrai spectacle son et lumière depuis que j'ai pu me payer définitivement le lecteur de K7 tant convoité et même une table toute moche pour le poser dessus, je fais pleins de projets pour une nouvelle journée de congés réussie...
... ou pas ! Et voilà, la tuile énorme... j'ai une espèce de bronchite à la noix.
Bon ben super, me v'là cloué au lit à lire un roman de gare tout nul au lieu de profiter de la vie.
Bon, enfin, même si je suis malade, quand une petite nana passe, j'hésite pas à sortir et à braver tous les dangers du froid. J'ai beau ne pas encore avoir de fenêtre, j'ai un Ghédon qui les repère et qui aboie à vous assourdir dès qu'un passant met les pieds sur notre trottoir.
Enfin faudrait que j'essaye de lui apprendre à mieux distinguer parmi la gente fémine. Les pimbèches qui m'expliquent d'un air dégoûté qu'un miséreux qui vit dans une cabane et n'a pas les moyens de leur offrir des rivières de diamant, c'est pas la peine d'aboyer pour me les signaler. C'est une obsession, d'ailleurs, ces rivières de diamant.
Et on continue le défilé des horreurs. Ma parole, c'est pas vrai, toutes les filles incasables de la terre traînent à New Frontier. Non, pire, elles traînent devant chez moi. Je vous le donne en mille : encore une qui est prête à me sauter dessus alors que je préfèrerais qu'on me pende...
... et qui est tellement bête que je préfèrerais être sourd que de l'écouter débiter ses histoires.
Je sais ce que vous pensez. Je jure sur la tête d'Armaghédon que je suis pas misogyne, à la base : ce sont les femmes qui me rendent comme ça.
Je préfère encore jouer avec la demi-chienne qui traîne tout le temps chez nous parce qu'elle a plus sa mémé. Ghédon, il a le même problème que moi, l'aspect le plus désertique des lieux est féminin. Cette chienne, c'est LA SEULE chienne de New Frontier. Alors au cas où, je fais copain copain… J’ai des doutes quand même sur les possibilités physiques d’un accouplement. Ca me paraît aussi impossible que de faire crac crac avec la moche qui prend racine.
C'est de mieux en mieux, maintenant, les concerts d'aboiements me tirent de mon pieu pour un rôdeur de pacotille. Je suis maudit.
A ce tarif là, je prends presque plus de plaisir à payer mes factures. Parlant de ça, j'ai bien fait d'arrêter d'abuser des clauses de restitution de Cheapo Discount : 72 simoléons la facture, alors que j'ai quatre fois plus de trucs qu'avant. Pas abuser, ça a carrément du bon. Surtout qu'avec deux salaires plus réguliers, je vais peut-être même pouvoir payer mes impôts rubis sur l'ongle, et il paraît que c'est tellement rare le contribuable zélé dans les parages qu'on reçoit en remerciement des bons pour des repas gratuits dans les restos chics de la ville.
Mon problème, ça sera de trouver quelqu'un à emmener ! C'est à se demander s'il y a une seule nana potable et pas complètement frappée dans les environs. J'en suis au point où, à force de rencontrer pire et encore pire, j'envisage même de rappeler Christine qui est folle de mon corps. Ou bien Magalie Perez la ménagère hors pair. Que voulez-vous, un homme seul au fin fond du désert, avec rien comme seul bien, il finit par revoir ses standards même si le coeur l'en dit pas...
Par tous les éclats de soucoupe volante de la bataille de Simograd, je retire ce que je viens de dire ! Je rappelerai pas Christine, ces va-et-vient incessants sur le trottoir sont une bénédiction et les bains moussants c'est tout nul.
C'est la femme magnifique qui est passée devant chez moi pendant ma première journée de boulot ! J'ai dû lui courir après alors qu'elle passait à toute allure en faisant son jogging. Une femme sportive, j'adore. Avec des cheveux de jai, j'adore tout autant. Elle s'appelle Irène. Je suis déjà amoureux.
Une femme de tête avec ça, rien à voir avec la bécasse moyenne des environs : elle est chef de staff à l'hôpital local. Ca en jette sacrément, je me suis fait tout petit devant la poupée, j'ai carrément peur de pas être à la hauteur. Apparemment, elle a très peu de temps libre.
Vous imaginez, j'étais pas peu fier qu'elle me trouve suffisamment intéressant pour rester avec moi à papoter.
"Alors tu vois, je viens de réintégrer l'armée, et je suis unité d’élite, avec élite dedans comme dans compatible avec une femme toubib qui a un ciboulot fonctionnel. Parce qu'avant, en fait,
j’étais vétéran, mais quand je suis arrivé, je me suis rendu compte que le
gouvernement s’était un peu foutu de moi avec sa retraite dorée au soleil à
faire le pionnier qui repousse la nouvelle frontière, parce que bon, ben, je suis arrivé, le soleil me tapait sur la tronche et y avait tellement rien que je devais limite dormir par terre, et après l’été
indien c’était bof, j’ai pris de la pluie sur ma tronche parce que j’avais pas
encore le super début de maison que tu vois avec un toît et tout le début de confort, parce qu'en plus je gagnais rien, même qu'il fallait que je me débrouille et que j'ai même dû inventer un spectacle d'art de la rue, un truc très artistique qui révèle ma sensibilité, tu l'as peut-être vu d'ailleurs, ben non je suis bête, moi je t'aurais remarqué même pendant mes représentations, et bon en plus de ça mon pauvre Ghédon, le show biz il y était
comme un croisé Rottweiler au milieu de Chihuahas, il a tenu même pas une matinée parce qu'il a rien compris à ce qu'un sombre gars de la télé-réalité qui se prend pour une star capricieuse lui voulait, d’ailleurs moi
non plus j’ai toujours pas compris cette histoire de fallait faire l’assistant
mais en fait c’était un piège, le clebs il devait jouer un rôle de figurant
comme assistant ou je sais pas quoi, et moi, moi, j’en suis venu aux mains avec
le père Rémoulade qui m’avait mis dans le rouge, alors après j’étais au drive-in
tu vois, avec une moche pas comme toi qu’es toute belle, la Magalie Perez qui nettoie les gamelles avec son éponge qu'elle trimballe partout, et après
ben enfin y a eu le journal avec le supplément emploi, celui que tout le monde attend, et maintenant
ben comme je te disais, j’ai rempilé, et Ghédon il est chasseur, et il sait ne pas bouger, et il sait
parler aussi mais ça je regrette de lui avoir appris parce que ça sert à rien, et j’ai eu une
promotion tout de suite, tu vois, le premier jour je leur ai dit que j’avais fait Simograd,
j’ai montré mon matricule qui me quitte jamais, sauf que là tu le vois pas
parce que j’ai mis mon anorak parce que j’ai une bronchite, mais pas
contagieuse, et voilà je suis unité d’élite, sauf qu’aujourd’hui ben c’est
congé, et à cause de ma bronchite ben j’ai pas pu sortir d'ici et tu vois ben finalement c’est un mal pour un bien, parce que
je t’ai rencontré, et c’est mieux que picoler en ville ou de traîner dans une cafétéria qui sert même pas de café, et c'est peut-être un peu décousu, mais en fait tout ça c'est pour dire que tu me plais et que notre rencontre aujourd'hui c'était écrit.
Pffffiou je reprends mon souffle.
Et moi... euh... comment tourner ça bien que ça fasse pas trop gros naze bien lourdingue... euh... je te plais réciproquement, à toi ?"
Hein !!!! Non, sérieux, pas à ce point !!! Tu me fais marcher, c'est ça, c'est une blague, hein ?
Franchement Irène, me fais pas ça, regarde, j'en crache mes bronches de désarroi. Enfin, regarde pas finalement, c'est vaguement dégoûtant, et c'est pas le moment de te donner une vraie raison de me trouver repoussant.
Ca y est, t'as fini de faire semblant de mourir ? Désolée Léo, mais c'est comme ça. Si tu veux me séduire, va falloir t'accrocher. T'imagines pas que ça te prendra trois blagues salaces, une bataille de polochons, deux chatouilles et un bisou qui ouvre les voies du baiser langoureux. Non, moi j'attends plus : va falloir me faire la cour.
Euh... tu veux que je t'écrive un poème Irène, c'est ça ?
Irène de tout mon coeur quand je suis face à toi
Je fais grrrraou quand je te vois
Et le loup de Tex Avery à côté de moi
Ben il aurait l'air plus malin que moi
Et pour moi tu brilles comme une luciole dans la nuit
Une luciole qu'on n'a pas envie de mettre dans un bocal
Une qu'on a plutôt envie de serrer contre soi la nuit
Et tout ça, ça vient du coeur c'est le principal
C'est marrant Irène avec la nuit noire ta peau d'ébène est encore plus sombre que celle de Corniaud, le chien tout noir qu'est copain avec Ghédon. Mais toi tes frisettes sont vachement plus jolies.
Ben tu dis plus rien Irène ? C'est parce que ça rimait plus ? Les rimes, tu vois, je suis pas encore à l'aise pour les faire, je me sens un peu nul. Mais si tu veux je peux te réciter le poème des cartes du fleuriste. Comment ça fait déjà ? Je ne pensais pas que deux sims comme nous...
Irène ? C'est la comparaison avec Corniaud qui t'a pas plu, tu boudes ? Euh... Irène, qu'est-ce qu'il se passe, pourquoi t'es toute bleue et tu bouges plus ?
Par tous les hommes enceints d'aliens que j'ai vus dans ma vie, Irène, TU ES CONGELEE ! Faut que j'appelle l'hôpital... Flûte, flûte, c'est toi l'hôpital... Irène, Irène, je t'en supplie, ne te brise pas en mille morceaux !
Mais... mais... je suis tout bleu aussi. Au secours, on va mourir !
Attends... euh... j'ai le téléphone... j'appelle les pompiers, la police, un taxi ! Je t'en supplie, rentre chez toi, bois un chocolat chaud, mais surtout ne meurs pas Irène, ne meurs pas !
Mais quel gros naze, j'ai failli tuer Irène parce que j'ai même pas de maison où l'accueillir. On a failli mourir ! Non mais regardez moi, j'suis bleu comme un schtroumpf !
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9. Habla con Ella
J'vous laisse imaginer que le lendemain de ma congélation, j'étais loin d'être frais pour partir au turbin. Mais je dois avoir des ailes qui me poussent, j'ai réussi à me surpasser en traversant la ligne ennemie pour piquer de la salade de riz ; ça peut paraître un exploit de Don Quichotte, mais ça m’a valu un boost de mes capacités sportives et l’estime du régiment.
Dès que je suis rentré, j'ai foncé sur le téléphone pour prendre des nouvelles d'Irène. Impossible de la joindre, je n'ai fait que tomber sur le répondeur. J'étais plus qu'inquiet, et il a fallu que j'en invente, des trucs, pour réussir à me sortir ma trouille de la tête. Ghédon, je sais pas ce qu'il lui font faire dans les forces, mais il est tout crado chaque fois qu'il rentre du boulot.
Ce n'est que le lendemain, qu'enfin, j'ai réussi à l'avoir et la voir, en l'invitant à me rendre visite le soir. Vous pouvez pas vous imaginez comme j'étais content de voir qu’elle avait repris des couleurs, et que le seul truc bleu, c’était son tee shirt et ses yeux magnifiques.
J'adore Irène, son côté je jette le chaud et le froid. Moi, je suis son pantin qu’elle manipule du bout du doigt.
Alors moi je l'ai serrée très très très fort...
... et comme un gros manchot, j'ai essayé de l'embrasser. La guerre, ça m’a pas appris à parler aux femmes… Mais quel ballot !
Et alors que jusqu'à présent c'était tout top comme soirée, elle m'a dit que j'en avais rien à faire d'elle et qu'elle préfèrait s'en aller. Quand elle est partie, j'étais vert comme mon anorak.
J'ai quand même été rassuré quand j'ai découvert une jolie lettre d'elle dans ma boîte aux lettres. Elle disait qu'elle était d'accord pour qu'on se revoie, et la lettre sentait tout bon son parfum.
C'est en nettoyant la baignoire, le moment où je me rassemble avec moi-même pour faire le point, que je me suis rendu compte d'un truc à propos de Ghédon : il est plus tout jeune, le vieux père. Occupé à trouver la femme de ma vie, j’en ai oublié la chienne de la sienne – avec tous les égards dûs, hein. Depuis le temps que je vis ici, j’ai toujours pas vu l’ombre d’une chienne à sa taille. En guise de fille, y a que la demi-portion. Et quand bien même une toutoune à sa taille viendrait à passer, le temps qu’elle se prenne d’affection pour moi qui suis occupé à séduire mon propre grand amour qui fait la difficile et que je comprends pas toujours, que j’arrive à l’adopter et qu’elle fasse copine-copine avec Ghédon, il aura passé l’arme à gauche. Enfin… j’en sais rien. Je connais pas vraiment son âge, à ce chien. Mais y a des signes qu’il vieillit. Et comme je prends des années dans la poire moi-même, lui aussi forcément.
Bon allez mon toutou, je mets un mouchoir sur mon rêve de fiançailles avec Irène, et on va te chercher une copine, c’est toi qui la choisis. Vous allez me fonder une race pionnière, adaptée à ce climat : du bon chien, sympa mais qui veille au grain. Et crois-moi, je le fais pour toi, mon vieux pote, parce que j’ai beau avoir pris mon bain à bulles qui me remonte chaque jour mon petit moral, il est quand même temps qu’en matière de buts dans ma vie, je fasse autre chose que colmater et rustiner mon humeur avec une heure de bulles éphémères.
Pfiou, 3 heures de route, quand même, l'animalerie la plus proche...
Ben.... Ghédon t'as vu !!! c'est Irène !!!
- Irèèèèène !!! Ben qu'est-ce que tu fais là Irèèèèène ???
- Oh ben j'avais envie de me délasser à la sortie de l'hôpital, de voir un peu de vert, des animaux tous mignons qui disent "adopte-moi, adopte-moi" avec leurs yeux, tout ça... En fait, pour tout te dire, je pensais à me prendre un chien...
- Oh ben Irène, pour une coïncidence, c'est une coïncidence qui dit qu'on est fait l'un pour l'autre ! Je venais justement pour adopter une toutoune, une copine pour Ghédon.
Et j'ai bien reçu ta lettre Irène, et elle sentait bon ton parfum, et j'étais heureux, tu peux pas savoir, que tu veuilles bien me revoir. Promets-moi, je t'en prie, promets-moi que tu m'accompagneras au restaurant sans m'envoyer sur les roses me faire cuire un oeuf.
- Je te propose mieux, Léo. Tu vois, prendre un chien, surtout la race que je veux, j'hésitais un peu, parce que je vis dans un immeuble avec un syndic de co-propriété pas commode. Alors je te propose que la chienne que tu vas acheter pour tenir compagnie à ton Armaghédon, ce soit moi qui la choisisse. Ce sera ma chienne, mais qui vivra chez toi, avec ton immense terrain dans lequel gambader. Et on dirait que, si elle s'y sent vraiment bien, maintenant que tu construis ta maison, pourquoi pas, au lieu de la prendre chez moi une fois que j'aurai trouvé un autre appart', ma foi, je pourrais éventuellement songer à venir habiter là où vis ma chienne.
- Oui, oui, oui ! Je construirai une maison super, un domaine où l'amour sera roi, où l'amour sera loi, et tu seras ma reine, surtout, surtout, ne me quitte pas ! Je promets, je promets, je promets ! Tu veux quoi, dis, tu veux quoi comme race de toutoune ?
- Un Terre-Neuve. C'est un chien calme, affectueux, hyper patient avec les enfants, mais qui sait protéger des étrangers. Si un jour tu
veux fonder une famille, Léo Pilgrim, ce sera une nounou de choix.
- Mais... euh... c’est vraiment un chien de désert un Terre Neuve ?
- Pas une seconde, Léo. C’est un chien qui a besoin d’eau. De
beaucoup d’eau dans laquelle s’ébrouer.
- Mais euh…
- Tu as promis Léo ! C'est à prendre ou à laisser !
- Je prends, je prends, je prends ! Je t'assure Irène, tu me rends complètement fou avec tes manipulations psychologiques de femme intelligente auxquelles je comprends rien du tout.
- Tu comprendras, Léo, tu comprendras
C'est comme ça que je suis rentré chez moi avec Ella. C'est le nom qu'Irène a choisi pour sa toutoune qu'elle a choisie. Ghédon m'a un peu fait la tronche parce que, ben justement, lui il a rien choisi du tout, et je me suis tapé une course gratinée entre les trois heures de route et le double supplément chien énorme.
J'ai fait un petit bilan, et, pour construire la maison digne d'Irène et qu'Ella se sente bien chez moi, tout est question d'or-ga-ni-sa-tion. Tant qu'Ella a pas appris à bien faire dehors, pas la peine que je m'amuse à dresser des parpaings partout : c'est ça d'économisé, et avec le beau temps qui est revenu, j'ai plus à craindre de me transformer en Mister Freeze à la menthe. La vie à la lueur du ciel, je m'y suis faite de toute façon depuis le temps. Par contre, j’investis dans le mobilier ! La machine à café, ça paraît superflu comme ça, mais c’est primordial. Deux jus de chaussette, et je révise cet affreux manuel de mécanique des tanks blindés qui me manque pour décrocher un poste qui correspond mieux à mes compétences et mes faits d’arme.
Ils sont pas mignons quand même ces deux là, le joli couple. Le chien de Léo et la toutoune d’Irène. Rêve que ta maîtresse nous rejoint, ma bonne Ella, je télépathie avec toi tout ce que je peux sur ce rêve là.
Or-ga-ni-sa-tion, mon maître mot tout nouveau. On saute du lit, et hop, on perd pas de temps, éducation d'Ella. C’est bien, ma bonne Ella, tu es sympa. Faudra être super sympa avec Irène, surtout, quand elle viendra te voir.
Et voilà, la révision du manuel de mécanique indigeste, c’était le petit catalyseur qui manquait. Propulsé sergent instructeur : on reconnaît mon expérience, à moi de former les jeunes. Toujours le triomphe modeste… mais le double triomphe quand même ! Quoique, ça me rajeunit pas tout ça….
Le collègue que j'ai ramené est sergent-instructeur aussi. Mais, héhé, ayant plus de galons de guerre que lui, même chez moi, je peux continuer à lui donner des ordres, même de nettoyer, si je veux, pour m'aider dans mon or-ga-ni-sa-tion. C'est trop bien, les galons.
Pendant ce temps, je réceptionne l'ordinateur livré par Cheapo Discount. C’est le premier modèle, on peut pas faire tourner
grand-chose dessus, mais niveau or-ga-ni-sa-ti-on, je cartonne bis
repetita : demain, c’est jour de parution du supplément de l'emploi et la ligne internet devrait être
installée avant la fin de la journée. Résultat, c’est pas une, mais deux
sources d'offre que j’aurai cette fois, et en ces temps durs, c'est plus qu'un avantage. Demain, Ella entamera sa jeune carrière, et moi… on verra.
Mais !!! Qu’est-ce que c’est que ce raffût ! Je m’entends plus parler au téléphone avec Irène ! Nom d'un alien, un combat d’animaux chez moi, j’espère que les miens sont pas impliqués.
"Oui, Irène, je dois te laisser. Non, ma princesse, rien à voir avec Ella, Ella, elle a la pêche ! Non, je bégaye pas, rien du tout se passe, je t’assure, c’est juste mon collègue là, il sait pas où sont les croquettes, et les toutous réclament. Ils filent le parfait amour à part ça. Je t'embrasse si j'ai le droit".
Ella !!!!
Ella !!! Pas ça, pas ça, pas la chienne d’Irène !!!
Ah miséricorde !!! Malheur !!! Enfer !!! Damnation !!! Ghédon, Ghédon, mais c’est ta copine !!! T’es censé faire des chiots avec elle, c’est une mé-ta-pho-re abruti de clebs, toi, mon clébard, tu fais des p'tits chiens avec la chienne d’Irène… comme Irène et moi juste après ! Sauf que nous on fait des p'tits enfants tous mignons, mais c'est l'image ! Pas ça, pas ça !!! Mais tu me l’as mise mal en point, en plus ! Bon j’appelle le taxi, on va chez le vétérinaire vérifier qu’il lui manque pas une touffe de poils. Des fois qu’Irène remarque un truc avec son super cerveau de femme intelligente.
Je dois filer chez le véto pour une urgence, vieux, je te laisse le campement et la terreur qui grogne. Si tu peux, essaie de reprendre son éducation dans le plus pur style sergent-instructeur, ça m'enlèverait une sacrée épine de la fière chandelle, enfin je sais plus c'est quoi l'expression, mais tu vois quoi.
Plus de peur que de mal, finalement. Faut dire qu'Ella est pas rancunière. Par contre, faudra quand même que j’aille voir un autre véto pour être sûr, celui-là m’a pas inspiré confiance, je sais pas ce qu’il avait à ricaner bêtement quand je lui ai expliqué que c’était important qu’ils s’entendent bien pour me faire des chiots.
Allez, on positive : ça commence à prendre de l'allure, là, le campement. Quand la hutte étendra ses murs, ça prendra tout de suite son petit air cozy. C’est pas comme si j’avais gardé le plus dur et le plus cher pour la fin, en plus. C’est ça le meilleur !

Bon, ben, finalement, je dépositive à mort. Cette journée, je veux la marquer d'une pierre noire. Que je vous raconte tout...
Ca a commencé quand j'ai voulu trouver du boulot pour Ella. Impossible, un vrai casse-tête. Avec
ma ligne internet toute neuve, j’ai envoyé sa photo
en pièce jointe en réponse aux offres, mais je me suis fait rabrouer
partout. Alors, avec l’épisode d’hier qui continuait à me
tarauder, je suis allé voir un autre véto. Il m’a regardé avec des yeux
tous ronds, et c'est tombé comme une massue sur ma tête : « Mais
enfin, M. Pilgrim, on n’envisage ni de faire reproduire, ni de faire
travailler une chienne de cet âge-là ! Elle a besoin de repos, et que
vous
lui offriez un foyer aimant pour préparer doucement son
départ ! ». Je suis tombé sur les fesses. Littéralement.
J’ai illico appelé l’animalerie pour leur dire ma façon de penser, vous imaginez le ton, vous me connaissez maintenant ! Je le savais, non mais je le savais que j’aurais dû m’adresser à un éleveur, qui s’occupe de ses toutous en famille, pas une de ces boutiques de bêtes de trafic ! Et comment que Ghédon il va arrêter de rêver de faire des petits et que moi je vais fonder une race de toutou comme j'en rêve, si sa copine c’est une vioque, alors que lui il lui reste plus longtemps avant de l’être aussi ! Le temps que j’ai perdu, en plus, à lui apprendre des trucs pour sa future carrière et son futur rôle de maman !
Et ma métaphore, ma métaphore ! Irène en vieille peau rabougrie desséchée, alors que c’est un lys dans les prés ! Enfin en noir, mais vous voyez l'image.
Renseignement pris, aucun éleveur de Terre-Neuve dans les environs… « C’est pas vraiment le climat, vous savez, Monsieur ». La mort dans l'âme, je suis donc retourné à l'animalerie, la même. J'angoissais comme un malade de tomber sur Irène, elle est toujours là où on s'y attend pas. Il faudrait pas qu’elle se rende compte de quoi que ce soit.
Parce que, ouais, j’ai un plan. Un truc de stratège,
forcément.
Je viens d’acheter une Ella, mais jeune. Enfin, je l’ai appelé Ela,
avec un
seul L, à cause de la paperasse, et pour m'en sortir dans ce mic-mac.
Parce que cette fois, j’ai fait les choses
bien, j’ai demandé les papiers du pedigree et tout, j’ai suivi les
conseils de
l’enregistrement animal, et c’est finalement tant mieux si je veux
créer ma
race, mon rêve de gosse qui plaira forcément à Irène qui veut tout
connaître. Bon alors, donc Ela, ou Ella 2 si vous préférez, elle est
toute pareille qu'Ella 1, sauf qu’elle peut faire des p’tits avec
Ghédon! Et pour la première Ella, celle avec 2 L, enfin vous suivez
j'espère (sinon vous avez qu'à relire doucement, parce que c'est pas
compliqué du tout comme histoire), ben, j'ai trouvé une super solution : la SPA m'a assuré
qu'ils trouvaient toujours de gentilles familles.
Donc, voilà, à force de fréquenter Irène, moi aussi
j'ai développé un super cerveau, et elle se rendra compte de rien, et
tout le monde sera heureux...
... sauf que voilà. J'avais pas totalement intégré dans mon plan qu'Irène est toujours là où on l'attend pas. Enfin si, mais pas au bon moment.
Et alors qu'il faut toujours la prier pour qu'elle vienne me rendre visite, pour une fois, pour une fois, elle venait toute guillerette nous voir Ella et moi. Quand je l'ai vue arriver en même temps que la dame de la SPA, je suis devenu encore plus blanc que d'habitude.
- Euh... Irène, coucou mon amour adoré, mon lys noir dans la vallée!
-Léo c'est quoi cette flic qui emmène Ella ?
- Qu'est-ce que tu racontes Irène, Ela est là, regarde comme elle joue bien à faire des gros trous partout
- C'est pas Ella !
-Irène... pardon... je suis désolé... c'est parce qu'Ella, elle est vieille et elle peut pas faire de chiots avec Ghédon, lui qui rêve que d'avoir une descendance de mini-lui en mieux, et le temps presse, il est plus tout jeune, moi non plus d'ailleurs tant qu'on est sur le sujet...
- Et donc tu t'es dit que t'allais bazarder la vieille pour prendre une plus jeune ? Belle mentalité, Léo !
- Non, c'est pas ça... C'est Ghédon... c'est mon chien, quoi... Parce que quand tu l'as choisie tu as pas dû t'en rendre compte ma douce, mais Ella, elle a déjà pas mal d'années. La nouvelle Ela elle restera bien plus longtemps avec nous
- Mais JE m'en étais très bien aperçue en la choisissant, espèce d'abruti, c'est même ce qui m'a fait craquer. Et au cas où tu l'aies oublié ce n'était pas TA chienne : de quel droit, non mais de quel droit, tu as envoyé MA chienne à la fourrière ?!?
- Mais... enfin... je... je... enfin... regarde... Ela, là, elle a tout pour être une métaphore encore plus belle de notre amour...
- C'est pas possible Léo, les êtres, pour toi, ils sont complètement interchangeables !
- Mais non... mais... euh...
- Si je résume bien tu préfères assurer l'avenir de ton chien au mien, quoi !
- Mais... enfin... imagine nous avec des petits chiots courant partout...
- Désolée Léo, tu as fait embarquer mon imagination par la fourrière.
- C'est pas la fourrière, c'est la SPA. Ils m'ont assuré qu'ils trouvaient toujours des gentilles familles et que j'avais bien fait de faire appel à eux.
- C'est la fourrière abruti, c'est les flics que t'as appelé !
- Mais Irène, comprends, moi j'aurais vraiment aimé la garder Ella, mais je peux vraiment pas, j'ai pas les moyens d'entretenir 3 chiens...
- Et à quel moment exactement c'est censé me convaincre que tu saurais t'occuper d'une femme et d'enfants ???
- D'ailleurs, dis-moi, c'est qui le gros boudin qui joue avec la piteuse doublure d'Ella. Et tiens-toi le pour dit en passant, si tu croyais que je pouvais une seconde les confondre, tu me prends vraiment pour une demeurée. C'est ma doublure à moi, quand je suis pas là ?
- Mais pas du tout, j'arrête pas de dire que t'as un super cerveau qui me dépasse complètement. Et là, c'est juste... euh... Marylène, je crois.
- T'es pas sûr ? C'est quoi l'histoire, elle faisait du jogging devant chez toi et tu lui as couru après pour l'arrêter au passage ? Tu fais ça à toutes celles qui ont le malheur de passer devant chez toi ?
- Non, non, mais non... c'est un hasard, elle passait et puis Ela...
- C'est pas Ellllaaaaaaaaaaaaaaaaaaa!!!!!
Elle est partie furieuse, en me disant de l'oublier, que pour elle c'était déjà fait. J'étais, je suis complètement anéanti. Je préfèrerais encore me faire enlever par une soucoupe volante.
Un malheur n'arrivant jamais seul, un abruti de clebs du nom de Brutus a contraint Ghédon à abandonner sa garde deux minutes, et il s'est fait virer comme un malpropre, alors qu'il avait patiemment et difficilement gravi tous les échelons un à un.
Du coup, avec son moral au fond des pattes, la nouvelle Ela, il veut pas plus en entendre parler qu'Irène.
Le pauvre pépère, je l’aurais bien laissé souffler, mais je crains que la prochaine fois qu’on dénichera une offre d'emploi animal, il soit déjà passé du côté des Ellas avec 2 L. J’ai dû lui expliquer… Il redémarre dans les services… Pour Ela, j’ai trouvé quelque chose dans le show biz sur l’ordinateur. Pile poil avant que la place soit raflée par quelqu'un d'autre. J’étais pas chaud, mais ça lui réussira peut-être mieux qu’à Ghédon. J’ai même pas eu le temps de regarder pour moi.
Faut dire que j'étais complètement au fond du trou. Impossible de tomber plus bas.
Enfin... les copines d'Irène, toutes de
bienveillance (envers elle, pas moi), ont décidé de venir en personne insister sur ma
nullité après avoir eu tous les détails de celle-ci au téléphone.
" - Bonsoir madem...
- Léo, c'est ça ? Je suis Rachel, la meilleure amie d'Irène. Elle m'a
tout raconté. De quel droit, non mais de quel droit vous avez osé
bazarder la chienne d'Irène à la fourrière ? Vous aimez pas les
vieilles, c'est ça ? Vous comptiez faire pareil avec Irène dans
quelques temps, c'est ça ?
- Mais... euh... c'était même pas vraiment sa chienne, et puis mon chien...
- Gros porc !"
" - Zoé ??? Zoé !!! Je croyais que c'était fini, cette histoire de poubelle renversée ???
- Eh ben je recommence, tiens le pour acquis, Pilgrim. Ca t'apprendra à
te débarasser de la chienne de ma meilleure amie. T'aimes peut-être pas
les vieilles, mais moi, j'aime pas les enflures dans ton genre. Tu me
dégoûtes !"
Apparemment, une femme a plusieurs meilleures amies à qui elle raconte toute sa vie...
Le lendemain, j'ai invité ma collègue, le caporal Andersen, à venir prendre un pot à la maison. Je voulais une perspective féminine sur toute mon histoire avec Irène, mais sans me faire insulter dans les 10 premières secondes. Je lui ai tout raconté...
" - ... Et alors t'as vraiment appelé la fourrière pour qu'il vienne chercher sa chienne en espérant qu'elle y verrait que du feu ?
- Ben... euh... ouais, mais je t'assure qu'elles se ressemblent !
- Oh la vache Pilgrim, moi à la place de ton Irène j'aurais pris une batte de baseball et j'aurais commencé par détruire tout ton campement minable...
... et après, tu vois, j'aurais pris ta tête, et j'aurais shooté dedans comme dans un ballon de foot. Et c'est là seulement que je t'aurais dit de plus espérer me revoir.
- Ah... ben tu vois, Andersen, je suis content que tu sois pas à la place Irène".
- Mais... pour me faire pardonner, à ton avis, comment je peux faire ?
- Parce que t'y comptes ? T'as mis son clebs à la fourrière, vieux, elle est pas prête de te le pardonner...
- Mais c'est paaas la fourrière, c'est la SPA qui assure qu'ils trouvent toujours de gentilles familles et qu'on fait bien de faire appel à eux !
- Ouais, si tu veux y croire... A mon avis, ils vont la piquer, ton Ella. Ou alors la cryogéniser et elle sera toujours à attendre sa gentille famille dans cinq siècles, un truc flippant dans le genre. Enfin, pour ta gonzesse, t'attends pas à un miracle, hein. C'est le parcours du combattant qui t'attend, tu vas devoir bosser dur. Excuse-toi, excuse-toi, excuse-toi encore si ça suffit pas, envoie des fleurs... mais surtout, pitié, essaie d'avoir mieux à lui offrir que ton campement pathétique, parce que là, c'est pas comme si tu valais la peine.
- Oh, Pilgrim ! Qu'est-ce qu'tu fous ?
- Je creuse un trou pour m'y enterrer vivant...
Que je suis malheureux, oh que je suis malheureux ! Et que je suis seul, oh que je suis seul !
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03 sept. 07
10. Changement de décor!
Z'avez vu ça ? Non, non, c'est pas un mirage, vous êtes bien à Erehwon. J'ai tout fait tout seul. Ca, j'ai trimé comme un âne pendant des semaines. Le plus dur, ça a été la charpente et la toiture.
Enfin... non. Le plus dur, ça a été le financement des travaux. J'ai même dû ressortir mon spectacle d'art de la rue du placard... En plus, y a des boulets en short qui s'imaginent que je ne fais ça que pour les distraire et me filent que dalle.
Heureusement, j'ai une arme secrète pour attirer le badaud. Non, toujours pas de mirage ! Vous avez devant vous les premiers chiots Pilgrimhound, croisement Terre Neuve et porte & fenêtres. Ghédon a beaucoup apprécié Ela, finalement...
Enfin j'imagine que ce qui vous intéresse le plus, c'est de savoir si Irène a fini par me pardonner. Rassurez-vous, moi aussi.
J'ai suivi les conseils d'Andersen à la lettre. Bon, j'ai bien dû me faire raccrocher au nez 453 fois, insulter 847 fois, mais la 1301° tentative de la joindre a été la bonne. Je me suis excusé, excusé, excusé, j'ai fait livrer des fleurs jusqu'à ce que son appart' en soit recouvert et je lui ai juré que je ne la quitterai jamais et que je l'aimerai toujours, et pleins d'autres trucs biens avec toujours dedans.
Et, surtout, je me suis attelé à lui offrir un cadre digne d'elle. Bon, digne d'elle, ça l'est pas encore... le sol est encore en terre battue et tout et tout, mais il y a une chambre, une salle de bains et une future grande pièce à vivre.
Faut dire aussi que j'ai économisé pour un tout autre projet... Enfin, pas tant que ça.
Et non, encore pas un mirage ! C'est bien moi, Léo Pilgrim, dans le restaurant le plus chic de la ville. Et vous vous doutez que je suis pas venu tout seul faire le grand prince pour y dépenser l'intégralité de ma fortune, sans façon de parler aucune...
... Regardez donc qui m'accompagne et n'en revient pas plus que vous que j'aie pu l'emmener déguster de la haute gastronomie simienne !
Je t'aime, ma douce Irène, si tu savais comme je t'aime...
Moi aussi, Léo, tu m'as conquise...
NDLA : Non mais regardez comme il se sent plus le Léo !!!
Irène, tu sais, j'ai fini les travaux de la maison. Je vais pas te mentir, c'est pas la tour de Donald Trump que j'ai édifié, mais je vais continuer à travailler dur et ça deviendra vraiment bien avec le temps...
Mais tout ça, ça n'a de sens qu'avec toi, ma douce Irène. Est-ce que... est-ce que tu te sentirais prête à faire ton petit baluchon et venir vivre avec moi ?
On avancerait ensemble, main dans la main, sur le long chemin de la vie...
C'est quelque chose que je peux considérer, mon Léo...
- Oups, mon lacet est défait...
- C'est... euh... une drôle de réaction, Léo !
- Non, je plaisante... je voulais me mettre à genoux pour... regarde plutôt ce qui est caché dans ta tartelette aux brugnons...
- Ma parole, Léo, tu empiles les clichés les uns sur les autres, toiaaaaaaaaaaaah....
.... aaaaaaaaaaaaah...
... oooooooooooooooh.....
.... hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !
Quel magnifique zirconium, Léo, tu as fait des foliiiiiiiies !
C'est oui alors, tu veux bien m'épouser ?
- Bien sûr que c'est oui, Léo, comment tu peux demander ?
- Ben... c'est quand même le principe, Irène
- A nous-mêmes ! A la future Mme Pilgrim !
- Je préfèrerais autant Lamy-Pilgrim, Léo.
Ah... laisse-moi t'embrasser goulottement... euh, langoureusement, je veux dire.
I am the king of the world !
On n'a finalement pas attendu longtemps pour la suite logique de nos fiançailles. J'avais mis toutes mes économies dans la bague et la soirée au resto de luxe (je SAIS que j'aurais pu partir sans payer... mais vous imaginez, franchement, partir comme un voleur avec votre tout-juste-fiancée en lui demandant de se faire discrète en passant devant le maître d'hôtel en guise d'augures de votre vie à deux?)... Mais je ne me voyais pas patienter pendant des lustres encore avant qu'Irène soit bel et bien Mme Pilgrim. Enfin, Lamy-Pilgrim, je veux dire.
" - Irène, mon amour, j'ai voulu t'offrir des fiançailles de rêve...
- Paradisiaque, Léo, c'était paradisiaque !
- ... mais le mariage, tu sais, c'est autre chose, c'est la réalité. Irène, veux-tu m'épouser ?
- Oui, Léo, je t'ai déjà dit oui au restaurant... me dis pas que t'avais pas entendu ?!?
- Je veux dire : veux-tu m'épouser... là, maintenant, dans ma réalité et ma maison sans sol avec des mauvaises herbes qui poussent à cause des chiots qui sont pas propres, sans costard parce qu'il ne vaudrait pas mieux que tu voies le seul que j'ai, dans la plus stricte intimité de nous deux ?"
Elle a dit oui ! Irène est ma femme ! Oh, mon dieu ! Irène est ma femme !!!
Je vous passe les détails de la nuit de noces, c'est privé et je suis un gentleman. J'ai fait crac crac pour la première fois avec Irène. C'est gravé dans ma mémoire. Deux fois, même. Oh, ça va !
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