24 mai 09
5. Potes et népotes

A l'hôpital de l'incompétence, Karima était passablement embêtée, et elle ressassait bêtement son problème, ce qui lui donnait au passage une occasion de traîner dans le passage au lieu de bosser : la secrétaire médicale en charge de ses rendez-vous avait donné sa démission, en déclarant qu'elle refusait d'être un jour poursuivie pour persistance de mise en danger d'autrui.

Avec son flegme habituel, la solution attendit le petit-déjeuner du lendemain pour la frapper impassiblement. Malheureusement pour autrui et son maintien en vie, il ne s'agissait pas de donner sa démission aussi...

Et à son chef de service blasé, elle imposa donc le remplaçant idéal, de ses propres critères : Ryszard Moreau.
"Tadam ! C'est génial Ryszard, on va s'éclater tous les deux !"

Ryszard n'avait jamais eu d'emploi de bureau, il avait même eu du mal à garder un emploi très longtemps. Il découvrait avec une joie non dissimulée, mais faiblement communicative aux patients qui se présentaient, le bonheur d'avoir un accès internet au boulot.
"Yeeeees ! High score !!! J'explose tous les records !"
Ceux-ci étaient inversement proportionnels à ceux de la qualité des soins et de la prise en charge dans les évaluations hospitalières.

" - Hé ! Karima ! Y a la 106 qui s'allume !
- Mouarf !! Trop drôle ! Faut appeler Marie-Thérèse !
- Ah ben nan, tiens, la 106 elle clignote plus, même les traits sur les moniteurs ils sont tous plats...
- Ahahahah ! T'es trop impayable Ryszard !!! C'est que l'urgence était pas si urgente, ahahahah !"

Toute gouroute de l'écologie faisant un pied-de-nez à la médecine traditionnelle qu'elle était devenue, Atiya goûtait assez peu la plaisanterie, quand elle ne venait pas d'elle et de son sens de l'humour si particuliers.
"Mais c'est quand même pas possible qu'ils aient jeté mon CV les 22.500 fois où je leur ai adressé, et qu'après toi, ça soit Ryszard qu'ils embauchent ! Enfin... bon sang de bon sens ! je suis la seule à trouver inconcevable qu'on puisse pas faire médecine sans avoir fait médecine !!!!"
Ce n'étais pas faute d'avoir hurlé l'une de ses répliques fétiches dans la maison, mais, pour une fois, Atiya fut ravie de voir Sylvain se rallier ouvertement à sa cause. En fait, Shalimar était d'accord aussi sur le principe, mais un principe supérieur, celui d'agacer Atiya en toute occasion, la forçait à rester silencieuse.

Si Sylvain, qui d'ordinaire cherchait à se tenir le plus à carreau des élucubrations familiales possibles, osait prendre parti, c'est qu'il commençait à s'inquiéter pour ses deux filles. Un peu obtus sur les bords carrés, ce qui lui donnait parfois mauvaise figure, son amour paternel inconditionnel était
conditionné à la réussite scolaire de ses enfants, qu'il voulait
diplômés. Et comme on ne naît ni femme, ni diplômée, mais qu'on le devient, les deux petites avaient bien du pain sur la planche.
Si Kasha était une bambine prometteuse qui avait toujours un peu d'avance...
*L'est bizarre, mon papa, à faire tout ça pour... ça. Drôle de papa.*

... Elzbieta, en revanche, était une gamine assez discrète, qui ne faisait pas de vagues et s'en tenait à son devoir, ses devoirs exceptés.

La pauvre choupette avait été traumatisée par Julien-le-cocu, qui, ne ratant jamais une occasion d'être un pleutre, s'en était pris à elle par lâcheté.

Atiya comprit assez vite que, finalement, elle ne s'était pas trouvé un allié...
" - Comment voulez-vous que des petites filles s'épanouissent ici ? Y'en a que pour vous et vos luttes intestines ! Entre les deux autres branquignoles qui jouent au docteur...
- Mais euh !
- ... et toi et tes plantations, comment vous voulez qu'elles aient une vision positive du monde des adultes et de leur travail et que ça leur donne envie de se donner du mal à l'école ? Et je parle même pas des fantômes de tes maris que t'as semés plus vite que tes plantes, ni de vos menaces permanentes de vous faire bouffer au laga les uns les autres ! Elles vont me finir avec un abonnement à vie chez le Maboul avec une atmosphère aussi délétère !
- C'est quoi dis papa, des létères, dis dis dis ?"

Tout à l'énergie débordante d'un homme qui venait de se lester d'un poids, Sylvain se mit en tête de faire entrer ses filles à l'école privée. Mais c'est Borris Barrault, qui avait retrouvé, non sans mal, ses fonctions de proviseur, qui se présenta sur le pas de la porte...
" - Sylvain Oriol, je suis le père d'Elzbieta et Katarczyna Oriol, enchanté !
- Vous me prenez pour un cave ? Avec vos noms à coucher dehors, vous croyez que je ne sais pas où je suis ?
- Plaît-il ?"

" - Vous savez combien de temps ça m'a pris pour que Mme Barraud veuille bien me pardonner les indiscrétions médicales de cette vieille folle d'Irène Lamy ?
- Ah mais sur ce point nous sommes d'accord, l'éthique médicale et cette famille, ça fait deux, c'est d'ailleurs pourquoi je souhaiterais pour mes filles...
- Mais vous vous payez ma tête !
- Euh... je ne suis pas sûr de saisir... je mettrai bien sûr le prix qu'il faut à leur admission et suis prêt à faire une donation pour toute réfection de votre établissement..."

" - Mais vous croyez que j'ai pu passer à côté des mémoires de Leokadia Moreau ? Tout le monde en ville ironise que je devrais m'estimer heureux de pas avoir fini en purée de Barraud comme les autres conquêtes d'Atiya !
- Justement c'est contre cette atmosphère...
- Je devrais vous coller un procès en diffamation ! Et je suis l'ami du juge, et c'est certainement pas un petit avocaillon comme vous qui..."
C'était le mot de trop. Sylvain voulait bien laisser insulter la famille de sa femme, il était plus chatouilleux sur ses propres compétences. Le juge avait fait bien du souci à Sylvain.

"Monsieur, vous êtes un porc, ce n'est pas de la diffamation, c'est une simple constatation !"
"Et comme disait la grand-mère de ma femme : "Bien le bonjour à votre femme !"... La seule personne à New Frontier qui porte mieux le jaune que les maris de ma belle-cousine !"

"- Alors mon amour ? Comment s'est passé cet entretien ? Les filles sont admises ?
- Pas exactement, non.... Disons que je me suis laissé déborder par l'esprit de famille..."
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Commentaires
Wow c'etait vraiment super de voir ce crétin de Boris Barrault se faire rembarrer comme ca !!!! =PP Bravo Sylvain !! ^^
" - Hé ! Karima ! Y a la 106 qui s'allume !
- Mouarf !! Trop drôle ! Faut appeler Marie-Thérèse !
- Ah ben nan, tiens, la 106 elle clignote plus, même les traits sur les moniteurs ils sont tous plats...
- Ahahahah ! T'es trop impayable Ryszard !!! C'est que l'urgence était pas si urgente, ahahahah !"
==> Les Inconnus !!! J'adooore =DD
J'ai trop aimé l'entretien de Sylvain avec Boris Barrault ! j'me disais bien que, tôt ou tard, ce chantage de l'épisode 3 reviendrait sur le tapis...
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